Page:Henri IV - Lettres Missives - Tome1.djvu/533

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[1582[1]. — fin de l’année.] — Ire.

Orig. — Biblioth. de l’Arsenal, recueil d’autographes.

À LA ROYNE, MERE DU ROY MONSEIGNEUR.

Madame, Je supporte avec tant d’ennuy celluy que ma tante, la duchesse de Loudunoys[2], reçoit des rigueurs des quelles on use en son endroict, pour la delivrance de son fils, mon cousin, detenu si long-temps prisonnier à cause de sa rançon, que je despesche la Roque exprés vers le Roy mon seigneur et vous, afin d’obtenir son eslargissement. Pour le quel je vous supplie tres humblement, Madame, me faire cest honneur de vous employer, attendu mesmes qu’il a cy-devant pleu à Sa Majesté se charger de la rançon de mon dict cousin, encore qu’elle demeurast esteincte par son edict de paciffication ; et rendre la peine d’entendre le dict la Roque, en ce que je l’ay chargé vous en dire particulierement de ma part, comme moy-mesme, qui n’auray jamais rien en plus grande recommandation que pouvoir demeurer toute ma vie

Vostre tres humble et tres obeyssant subject,

fils et serviteur,


HENRY.
  1. L’un des possesseurs de cette lettre l’a datée de 1582.
  2. Françoise de Rohan, dame de la Garnache en Poitou, fille de René Ier, vicomte de Rohan, et d’Isabelle d’Albret, était devenue duchesse de Loudun, en 1579, par l’érection de la châtellenie de Loudun en duché. Anne d’Est, mère du duc de Guise et duchesse de Nemours, lui avait obtenu ce dédommagement de l’annulation de son mariage secret avec Jacques de Savoie, duc de Nemours. Madame de Rohan avait eu de ce prince un fils, Henri de Savoie, qui fut déclaré illégitime. C’est de lui qu’il est question dans cette lettre et dans la suivante. Bien que par les lettres d’érection du 16 novembre 1579, comme par celles de confirmation du 10 avril 1591, le duché de Loudun ne fût donné à madame de Rohan que pour en jouir durant sa vie, cependant son fils (mort sans alliance, en 1596). prenait le titre de duc de Loudun et celui de « duc de Genevois, comme soy pretendant fils aîné du duc de Nemoux, » dit l’Estoile. C’est ce qu’explique une clause fort habilement introduite dans les lettres de confirmation données par Henri IV, où le mariage de madame de Rohan se trouve implicitement reconnu par la manière dont elle est désignée : « Nostre tres chere et tres amée tante Françoise de Rohan, duchesse de Nemours, de Lodunois et la Garnache ; » tandis que dans les lettres d’érection de Henri III elle est simplement qualifiée « nostre tres chere et tres amée cousine Françoise de Rohan. »