Page:Hippocrate - Œuvres complètes, traduction Littré, 1839 volume 1.djvu/210

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que le froid et le chaud avaient contribué à la formation de la terre. Enfin Zénon d’Élée supposait que la nature universelle était composée du chaud, du froid, du sec et de l’humide, se changeant l’un dans l’autre [1], ce qui est justement la théorie dont M. Link attribue la priorité à Aristote. On voit par cette énumération, que j’ai à dessein faite si détaillée, combien les doctrines que M. Link pense si récentes étaient anciennes. Tantôt les quatre qualités dérivées des quatre éléments (chaud, froid, humide, sec), tantôt deux seulement de ces qualités, tantôt d’autres qualités qui ne sont plus dérivées des éléments (amer, doux, dense, rare), sont employées par des hommes ou contemporains d’Hippocrate ou plus anciens que lui. Tout cela forme un ensemble dont l’antiquité est grande ; et il serait même assez difficile d’en signaler l’origine dans la philosophie grecque.

Je viens de récapituler des opinions qui ont tenu une grande place dans l’antique physiologie. Les qualités, les noms qu’on leur a donnés, les rôles qu’on leur a attribués, auront paru peut-être obscurs au lecteur, qui n’y aura vu que des idées vagues, sans aucun fondement réel dans l’observation. Les théories tombées en désuétude, si on les prend ainsi du côté de leur erreur, n’ont aucun intérêt ; mais, si on les prend du côté de leur vérité, elles méritent de l’attention, et elles donnent de l’instruction ; car elles montrent comment, à une certaine époque, l’esprit humain a essayé de résoudre l’éternel problème qui lui est proposé. Les qualités, au moins en physiologie, sont une des solutions de la constitution du corps vivant. Les anciens virent, comme les modernes, que le corps est composé d’éléments médiats

  1. Γενενῆσθαι δὲ τὴν τῶν πάντων φύσιν ἐϰ θερμοῦ ϰαὶ ξηροῦ ϰαὶ ὑγροῦ, λαμϐανόντων αὐτῶν εἰς ἄλληλα μεταϐολήν. Diog. Laert., l. IX, p. 353.