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et composa un grand nombre de poëmes, qui ne sont pas venus jusqu’à nous. Le grammairien Sosipater Charisius avait trouvé dans les bibliothèques de Rome, avant qu’elles fussent détruites par les Goths, le recueil complet de ses discours, dont il cite même un fragment ([1]) ; et Photius, qui paraît avoir lu plusieurs de ses compositions grecques, en vante le charme et le style gracieux. En effet, ce qui nous reste de lui, c’est-à —dire six épigrammes grecques, une épigramme latine contre le poète Florus, cinq vers latins qu’il fit au moment de mourir, une épitaphe pour son cheval Borysthène, quelques citations éparses dans les auteurs de la décadence, suffisent pour nous faire trouver quelque peu sévère le jugement de Spartien, qui ne lui reconnaît de talent ni dans la poésie grecque ni dans la poésie latine. Ce n’était pas l’avis de Dion Cassius, d’Aurélius Victor, d’Eutrope ; et Pétrarque, bon juge en cette matière, a confirmé leur sentence ([2]).

A quinze ans, Adrien, de retour dans sa patrie, entra au service ; et dès lors se manifesta en lui l’ardeur de la chasse, qu’il conserva toute sa vie ([3]). Trajan, craignant que cette passion ne le détournât de ses devoirs, le rappela à Rome, et lui fit accorder une de ces magistratures que briguaient les jeunes patriciens au début de leur carrière : en conséquence, il fut nommé decemvir Stlitibus judicandis ; puis, en sortant d’exercice, il entra comme tribun dans la seconde légion. Vers la fin du règne de Domitien, le jeune tribun se trouvait dans la Mœsie supérieure, lorsque Nerva, porté à l’empire, adopta Trajan pour son fils et son successeur. Député à Rome pour y porter les félicitations de l’armée ([4]), il revint dans la Germanie supérieure, où bientôt parvint le bruit de la mort du vieil empereur. Adrien part aussitôt pour Cologne, où Trajan ignorait encore son avènement : il voulait être le premier à le lui apprendre. En vain Servien, son beau-frère, entrave sa marche ; à défaut de moyens de transport, il fait à pied une partie de la route, et parvient à son but. Le nouveau chef de l’empire ne pouvait que s’intéresser vivement au parent qui avait été son pupille : il se l’attacha par un lien de plus en lui donnant en mariage sa petite nièce Julia Sabina, fille de sa nièce Matidia et petite-fille de sa sœur Marcienne. Toutefois, si nous devons en croire Marius Maxime, cité par Spartien ([5]), ce n’était pas de son plein gré que


Trajan formait cette alliance : il avait conçu des préventions défavorables contre Adrien, et ne céda en cette circonstance qu’aux instances de sa femme Plotine, dont l’affection pour ce jeune homme fut toujours aveugle, et, plus tard, lui valut l’empire.

Adrien, appelé à la questure sous le quatrième consulat de Trajan (de J.—C. 101), fut employé, en sortant de cette charge, à la rédaction des actes du sénat ; puis, rentré en grâce près de son oncle, il le suivit dans la première guerre contre les Daces, où il raffermit encore son crédit en se montrant à la fois (ce qui plaisait également à l’empereur) bon convive et soldat intrépide. Revenu à Rome, il y fut tribun du peuple ; puis, quand éclata la seconde guerre Dacique, il commanda la première légion, à la tête de laquelle il se distingua par quelques actions brillantes, dont Trajan le récompensa en lui faisant don d’un diamant que lui-même avait reçu de Nerva. Ce présent parut à Adrien le signe certain du dessein qu’avait formé Trajan de le faire héritier de sa puissance. Les présages, du reste, ne lui manquaient pas pour qu’il se crût destiné à l’empire : Ælius Adrien, son grand-oncle, lui avait prédit dès l’enfance son futur avènement ; et, lorsqu’il n’était encore que tribun dans la Mœsie, un astrologue de ce pays lui avait confirmé cette prédiction. Plus tard, inquiet du refroidissement de Trajan à son égard, lui-même avait consulté les sorts Virgiliens, et était tombé sur ces vers du sixième livre de l’Énéïde ([6]) :

Quis procul ille autem ramis insignisbolivæ,
Sacra ferens ? nosco crines incanaque incata
Régis romani…

Enfin, lorsqu’il était tribun du peuple, il avait perdu le manteau que portaient tous ceux qui étaient revêtus de ces fonctions, à l’exception de l’empereur, ce qui lui avait paru le présage de la puissance tribunitienne perpétuelle. Bien décidé à aider de toute la force de sa volonté à l’accomplissement de ces oracles, il donna en qualité de préteur des jeux magnifiques au peuple ; puis, envoyé comme légat-propréteur dans la basse Pannonie, non-seulement il y repoussa les Sarmates, mais il sut rétablir dans son armée la discipline la plus austère, et défendre ensuite le pays contre les excès de pouvoir de quelques administrateurs impériaux. Cette conduite lui valut enfin le consulat. Toutefois, il ne fut que consul suffectus, ou remplaçant d’un consul ordinaire, et l’on ne trouve pas pour cette fois son nom dans les fastes ([7]). Un second consulat pour lequel il fut désigné, huit ans après, par la protection de Plotine, acheva de lui faire regarder comme une certitude sa prochaine adoption par l’empereur. Il l’avait alors suivi comme lieutenant dans la guerre des Parthes, et se trouvait à Antioche lorsque Trajan, frappé d’une

  1. (1) Instit. grammat., lib. II.
  2. (2) Epist. famil., lib. VII, cp. I5.
  3. (3) Adrien aimait toute espèce de chasses, et celles même qui offraient le plus de danger. Étant empereur, il tua plusieurs fois des lions de sa main, nous dit Spartien ; et en effet Athénée raconte que, pendant un voyage en Egypte, il tua, sur les frontières de la Libye, un lion énorme qui jetait la terreur dans tout le pays. Sur les confins de la Bithynie et de la Mysie il fonda une ville, à laquelle il donna le nom d’Adrianothère (la chasse d’Adrien}, sur le lieu même où il avait renversé une ourse.
  4. (4) Le voyage d’Adrien à Rome dépend du sens qu’on attache au passage de Spartien. Scaliger et Casaubon l’ont entendu différemment ; nous lui donnons le sens adopté par Casaubon.
  5. (5) Vit. Ad., c. ii.
  6. (1) Lib. VI, v. 808 et suiv.
  7. (2) Panvini toutefois a cru pouvoir placer la date de sa nomination en l’an de Rome 802 (de Jésus-Christ 109), c’est-à-dire alors qu’il venait d’atteindre sa trente-quatrième année.