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Affre à Saint-Sulpice, crut qu’en le prenant pour son grand vicaire il ne saurait faire un meilleur choix. Il s’agissait en effet non-seulement de réorganiser entièrement tout un diocèse, mais encore de lutter contre l’erreur d’uu certain nombre de prêtres qui persistaient dans le funeste schisme de ce que l’on appelait la Petite Église. Or pour une pareille tâche il ne fallait pas moins que l’insti-uction profonde et l’habile dialectiflue qui distinguaient déjà le jeune ecclésiastique. Cependant l’évêque, tout en rendant justice aux talents et au zèle de son grand vicaire, ne goûtait pas entièrement sa manière :.de voir sur quelques pomts. Cette différence de vues fit naître entre le prélat et son coopérateur des froissements qui portèrent ce dernier à prendre une part bien moins active à l’administration. On ne fut donc pas étonné quand on sut en 1823 que, de Luçon, M. Affre passait à Amiens, auprès de M. de c’habons, vieillard vénérable, qui, affaibli par les infirmités autant que par les années, avait besoin d’un grand vicaire auquel il put s’en remettre entièrement du soin de sa charge pastorale , d’autant plus que le malheur des temps avait introduit, dans ce beau diocèse, des abus funestes, dont la réforme exigeait autant de forces et d’énergie que de savoir et de talents. Les succès les plus heureux couronnèrent les efforts du nouvel administrateur ; et l’on voit encore aujourd’hui, dans le diocèse d’Amiens, les traces vives et profondes de tout le bien qu’il y a opéré. Mais il est un acte de son administration qui a fait trop de bruit pour être passé ici sous silence : nous voulons parler de la harangue qu’il fit en 1831 à Louis-Philippe, lors de son passage à Amiens. Quelque opinion qu’on s’en forme au point de vue de la politique, on ne saurait contester ni la smcérité de ses paroles, puisqu’il regardait ce prince comme roi illégitime , ni le courage et la fermeté qu’il lui a fallu pour les prononcer ; car il savait à quoi il s’opposait en les prononçant. Cependant certaines contrariétés le déterminèrent en 1834 à échanger ses fonctions administratives contre un canonicat qu’il regardait conmie mie douce retraite , mais dont il ne jouit pas longtemps, puisque dans la même amiée il fut attaché à l’Église de Paris comme chanoine titulaire et comme vicaire général honoraire. En 183G, M. de Trévern sollicita la nomination de M. Affre à la coadjutorerie de Strasbourg ; mais le gouvernement, sans le refuser précisément, déclara qu’elle serait ajournée. Elle le fut en effet jusqu’au 9 décembre 1839, bien que le digne évoque de Strasbourg eût renouvelé sa demande au mois de juillet précédent. Mais le nouvel élu n’exerça jamais sa charge à Strasbourg ; car, peu de jours après sa nomination, M. de Quélen ayant succombé à une longue et douloureuse maladie, il fut proclamé vicaire général capitulaire conjointement avec MM. Auger et Morel , et , cinq mois après , nommé archevêque AFFKl

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de Paris. Son sacre eut lieu dans la métropole de Notre-Dame le 6 août 1840. Ce que M. Affre avait été au second rang de la hiérarchie ecclésiastique, il le fut au premier ; il continua pendant son épiscopat à se montrer l’intrépide défenseur des droits de l’Église. Aussi ne l’a-t-on jamais vu fléchir ni devant les menaces ni devant les promesses du pouvoir, quand il s’agissait de capituler avec sa conscience. Louis-Philippe et son gouvernement en ont fait l’expérience,

surtout à l’occasion du projet de

reconstitution du chapitre de Saint-Denis. Une de ses premières pensées fut d’inspirer à son clergé le désir des fortes études et le goût de la science ecclésiastique. C’est dans ce dessein qu’il composa un plan d’études ecclésiastiques complet ; qu’il essaya, mais sans succès, une réorganisation de la faculté de théologie ; qu’il étabht ’ les conférences ecclésiastiques , et qu’il fonda l’école des Carmes. A côté de ces mstitutions il créa une commission d’examen pour les ouvrages dont les auteurs sollicitent l’approbation épiscopale. Mais à son zèle éclairé pour l’instruction et la science, le digne prélat joignait un grand amour pour les pauvres et les malheureux, comme le prouvent son concours dans toutes les œuvres de charité , ses visites fréquentes dans les hôpitaux, et son empressement à continuer l’œuvre des Orphelins du choléra ,

fondée par son prédécesseur.

La vie intime de M. Affre n’offre, comme sa vie publique, qu’un sujet d’admiration. Il fut toujours étranger au faste, au luxe, à la représentation et à l’orgueil, vices si communs dans une position élevée. D’un naturel timide, il aimait à se renfermer dans la société de ses amis • les épanchements familiers avaient plus de charmes pour lui que les grands cercles et les brillantes réunions du monde. Doué d’un esprit supérieur, il ne s’offensait ordmairement que lorsqu’on le contredisait ; mais s’il lui arrivait quelquefois d’exprimer un peu trop vivement son sentiment, il ne tardait pas à revenir sur une première impression. C’est surtout dans ces occasions que se révélaient et sa grandeur d’àme et la pureté de ses intentions. Cette vie était digue d’une belle mort. La mort de M. Affre fut eu effet une des plus belles et des plus précieuses devant Dieu et devant les hommes. Lorsqu’au mois de juin 1848 Paris était en proie aux horreurs de la guerre civile, l’archevêque reçut une lettre dans laquelle on lui assurait qu’il pouiTait arrêter l’effusion du sang en portant des paroles de paix aux insurgés. Plein de cet espoir, il se rendit auprès du général Cavaignac pour lui faire part de son projet. Le général, tout en accueillant le pontife avec admiration, ne lui dissimula pas le danger de cette entreprise : « Ma vie, répondit-il, est peu de chose ; je l’exposerai sans regret. » Quelques heures après, le pasteur dévoué, après avoir obtenu que le feu cessât, franchissait la barricade élevée à l’entrée du fau-