Page:Homère - Iliade, trad. Leconte de Lisle.djvu/36

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vu la foule de ses compagnons, couchés autour de lui dans la poussière, mordre de leurs dents la terre !

Il parla ainsi, et le Kroniôn accepta le sacrifice, mais il ne l’exauça pas, lui réservant de plus longues fatigues. Et, après qu’ils eurent prié et jeté les orges salées, ils renversèrent la tête du taureau ; et, l’ayant égorgé et dépouillé, ils coupèrent les cuisses qu’ils couvrirent deux fois de graisse ; et, posant par-dessus des morceaux sanglants, ils les rôtissaient avec des rameaux sans feuilles, et ils tenaient les entrailles sur le feu. Et quand les cuisses furent rôties et qu’ils eurent goûté aux entrailles, ils coupèrent le reste par morceaux qu’ils embrochèrent et firent rôtir avec soin, et ils retirèrent le tout. Et, après ce travail, ils préparèrent le repas, et aucun ne put se plaindre d’une part inégale. Puis, ayant assouvi la faim et la soif, le cavalier Gérennien Nestôr parla ainsi :

― Très-glorieux roi des hommes, Atréide Agamemnôn, ne tardons pas plus longtemps à faire ce que Zeus nous permet d’accomplir. Allons ! que les hérauts, par leurs clameurs, rassemblent auprès des nefs l’armée des Akhaiens revêtus d’airain ; et nous, nous mêlant à la foule guerrière des Akhaiens, excitons à l’instant l’impétueux Arès.

Il parla ainsi, et le roi des hommes, Agamemnôn, obéit, et il ordonna aux hérauts à la voix éclatante d’appeler au combat les Akhaiens chevelus. Et, autour de l’Atréiôn, les Rois divins couraient çà et là, rangeant l’armée. Et, au milieu d’eux, Athènè aux yeux clairs portait l’Aigide glorieuse, impérissable et immortelle. Et cent franges d’or bien tissues, chacune du prix de cent bœufs, y étaient suspendues. Avec cette Aigide, elle allait ardemment à travers l’armée des Akhaiens, poussant chacun en avant, lui mettant la force et le courage au cœur, afin qu’il guerroyât et combattît sans relâche. Et aussitôt il leur semblait plus doux de combattre que de retourner sur leurs nefs creuses vers