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LABRADOR ET ANTICOSTI

naliste, je fis ce que tout journaliste aurait fait en telle occurrence : j’allai soumettre M. Comeau à une interview. Il s’y prêta de la meilleure grâce du monde. Mais, craignant de ne pas rapporter assez fidèlement son récit, je le priai de le rédiger lui-même. Le Naturaliste canadien a publié, en novembre 1895, ce compte rendu extraordinaire que je réédite ici en faveur des gens qui, à leur grand désavantage… et au mien, ne reçoivent pas cette revue scientifique. Je conserve à ce rapport ses quelques incorrections de style, estimant que la critique sera clémente à M. Comeau, dont la vie de labeur lui a laissé peu de loisir pour s’exercer la plume.

« Îlets-Caribou, 9 août 1895.

« À la demande que vous m’en avez faite, je me permets de vous transmettre le détail au sujet du serpent de mer[1] que j’ai eu occasion de voir à diverses reprises.

« En 1884, le 19 décembre, un nommé David Picard et son fils me firent rapport qu’ils avaient vu un poisson d’une longueur d’à peu près une centaine de pieds, et environ quatre pieds de large. Nous crûmes à une farce et personne n’en tint compte, lorsqu’en 1885, en hiver encore, le même David Picard, accompagné d’un nommé Thomas Jourdain, vit encore le même monstre, mais toujours à une distance trop éloignée pour en donner une description très exacte. Le même hiver, en janvier, le 26, à ma grande satisfaction, j’ai pu me convaincre par moi-même de la véracité de ces rapports. J’ai vu ce monstre à une distance de 300 verges, il se tenait dans une mare d’eau entourée de glace, dormant sur l’eau, paraissant se réchauffer au soleil, car le temps était exceptionnellement beau pour la saison. À peu près 40 pieds de l’animal flottait à la surface de l’eau, et probablement beaucoup plus long n’était pas visible. Voici la position dans laquelle j’aperçus ce poisson extraordinaire[2], n’apercevant ni tête ni queue, mais seulement ces deux bosses.

  1. C’est au large de la Pointe-de-Monts que l’on vit ce monstre marin (a.).
  2. M. Comeau a figuré, en cet endroit de sa lettre, les deux replis du monstre qu’il a vus en dehors de l’eau (A.).