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BAIE-DE-LA-TRINITÉ—ÎLETS-CARIBOU

fait connaissance avec toutes les classes de microbes. Mais comment admettre qu’il y ait encore, dans ce siècle où les recherches scientifiques se sont poursuivies avec tant de zèle et même de passion, comment admettre qu’il y ait encore, en ces océans si fréquentés, des animaux marins de taille gigantesque qui aient échappé aux investigations des savants ? Il n’est sans doute pas impossible qu’il existe de ces grands serpents de mer ; mais la science n’y croira que de visu ; elle dira aux personnes qui lui raconteront qu’elles ont rencontré de ces monstres : Les illusions d’optique, surtout en pleine mer, sont bien fréquentes, et l’on peut s’y tromper, comme sur terre, avec la plus entière bonne foi !

En tout cas, à quoi tiennent les choses ! Si le vent avait été favorable, au matin du 2 juin, je perdais l’occasion, probablement unique dans ma vie, de voir l’homme qui a vu le serpent de mer du Saint-Laurent !

* * *

Lundi, 3 juin. — Le propriétaire de la Sainte-Anne avait eu le bonheur de la faire bénir par Monseigneur lui-même, ainsi que je l’ai raconté. Voulant étrenner sa chaloupe d’une façon non moins extraordinaire, il avait invité Sa Grandeur à se servir de cette embarcation pour se rendre à la Pointe-aux-Anglais. Mais l’obligeant nautonier dut se contenter, pour ce voyage d’inauguration, de passagers bien moins distingués… je veux parler de moi et… des bagages. Donc, aujourd’hui, « nous » fiant aux promesses d’une brise légère qui soufflait de l’ouest, nous nous embarquâmes ; et les blanches voiles se levèrent pour la première fois. Mais la petite brise nous joua le tour de s’endormir une demi-heure à peine après le départ. Il fallut rabattre les blanches voiles, et la Sainte-Anne s’en revint piteusement à la rame reprendre sa place dans le havre des Îlets-Caribou.