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LABRADOR ET ANTICOSTI

être sûr, ne « verra pas clair » longtemps ; car les aborigènes, qu’on appelle avec tant de raison les « enfants des bois », sont en effet comme des enfants ; ils ont envie de tout. On en a vu un, m’a-t-on dit, acheter un piano ! Que les gens doués d’une vive imagination se donnent ici, par la pensée, le réjouissant spectacle d’un Hazelton ou d’un Steinway installé sous une tente sauvage, ou transporté à travers les bois en route pour la hauteur des terres ! L’histoire ne dit pas ce qui advint de l’instrument. Son propriétaire eut peut-être la même idée que ce nègre des îles de l’océan Indien, dont les journaux parlèrent il y a quelques années. Un capitaine de navire lui fit un jour cadeau d’un piano. L’année suivante, le capitaine étant revenu voir son ami le Malais, constata que l’on avait enlevé tout le mécanisme de l’instrument et que l’on avait fait du reste…une couchette, une couchette de haut prix. Sans doute on trouverait des gens assez dépourvus du noble sens de l’esthétique, pour estimer que c’est là, en effet, le plus raisonnable usage que l’on puisse faire d’un piano, et pour proclamer que, jusqu’ici, le piano a empêché assez de gens de dormir, qu’il serait temps de songer à en faire un instrument de sommeil. Mais les idées de tels excentriques n’ont aucune chance d’être reçues avec faveur tant il y a aujourd’hui de jeunes — et vieilles — demoiselles et de jeunes — et vieux — messieurs dont les doigts agiles ne peuvent se passer de courir sur les touches d’ébène et d’ivoire.

C’est durant les mois de mai et de juin que les sauvages arrivent à Moisie. Ils se rendent aux Sept-Isles pour le mois de juillet, époque de la mission. Puis, en août, ils reviennent à Moisie, afin de se préparer à leur long voyage dans les terres, pour lequel ils ne tardent pas à partir.

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J’ai parlé de la population présente de Moisie, qui se livre principalement aux travaux de la pêche. Mais il y a, dans l’histoire de cette localité, une période relativement ancienne