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MINGAN — P0INTE-AUX-ESQUIMAUX

plut ; et, en quelques jours, deux longues et magnifiques allées, pratiquées dans la forêt, conduisirent une procession nombreuse de la chapelle au calvaire et du calvaire à la chapelle. Le bourgeois[1], quoique protestant, fit faire la croix par son charpentier ; et le 7 juin, après le service du soir, vers les six heures, toute brillante d’argenterie et ornée de rubans, soieries, etc., au goût des femmes sauvages, la croix fut transportée par douze hommes, au milieu des décharges de fusils et des chants religieux d’hommes et de femmes en deux chœurs. La cérémonie dura deux heures et un quart.

« Ah ! Monseigneur, que Votre Grandeur aurait joui de voir et entendre cette petite peuplade chanter de cœur et d’esprit, dans des forêts sauvages, les beaux cantiques de la religion, marcher respectueusement, et suivre deux à deux l’étendard du salut qu’ils vont planter au milieu du camp pour être protégés par son ombrage salutaire ! »

Quarante-sept ans plus tard, c’est-à-dire en 1881, le P. Babel parlait ainsi de cette croix : « Les bois étaient en feu dans le voisinage. Avec grande peine la chapelle put être préservée. Le feu s’arrêta enfin sans la détruire. Il respecta même cette croix plantée au milieu des bois, et se contenta de la caresser de ses flammes à moitié éteintes. Depuis ce moment, ce signe de salut nous est encore plus cher. C’est au pied de cette croix que nos sauvages viennent faire leur pénitence après la confession. Quel bonheur que croix et chapelle assiégées par le feu fussent préservées ! Et nous bénissons Dieu qui n’a pas permis que ces témoins de nos peines et de nos larmes disparussent. »

* * *

Dans la bourgade sauvage de Mingan, il n’y a guère que quatre maisonnettes ; toutes les autres habitations sont des tentes. Il serait bien inutile, en effet, pour ces familles nomades, de cons-

  1. Il s’agit sans doute de l’agent du poste de la Compagnie de la baie d’Hudson (A).