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MINGAN — P0INTE-AUX-ESQUIMAUX

viennent nous prendre à terre. Car il fallait déjà quitter Mingan, les obligations du voyage ne nous permettant pas d’y faire un plus long séjour.

L’équipage allume le petit poêle du bord, et fait du thé. Si les Chinois aiment plus le thé que les pêcheurs du golfe, ce doit être chez eux une passion inimaginable. Donc l’équipage procède à son frugal déjeuner, puis se livre à la manœuvre préparatoire du départ. Déjà l’on se dispose à lever l’ancre, lorsque nous voyons un canot d’écorce se détacher du rivage et se diriger vers notre barque, qu’il atteint bientôt. C’est le Chef de la bourgade, conduit par deux de ses sujets, qui vient présenter ses hommages à Monseigneur ! Il est vieux, le président de cette petite république, comme il convient d’ailleurs aux chefs d’État. Son discours n’est pas long, soit à cause de certaines raisons diplomatiques que je n’ai pu pénétrer, soit tout simplement parce que les indigènes, aimant à ne dire que ce qu’il faut, méprisent la faconde des fils de la civilisation. Au départ du Chef, nos jeunes gens le saluent de plusieurs décharges de leurs fusils ; et l’honneur est satisfait de part et d’autre. L’étiquette internationale a vu encore une fois ses règlements scrupuleusement observés, et la hache de guerre s’est enfoncée encore plus profondément dans le sol, où elle est depuis longtemps rongée par la rouille.

Toutefois ces coups de fusils eurent l’inconvénient de troubler les sauvages dans leur sommeil, et nous en vîmes plusieurs sortir de leurs tentes pour voir ce qu’il y avait. Car nos bons amis les Montagnais, qui sont en vacances au bord de la mer, comme je l’ai dit, et qui en cela ne font pas autrement que nos citadins millionnaires ou simplement aisés durant cette même saison de l’année, dorment tous les jours la grasse matinée. Ils veillent tard, le soir, et — par conséquent — se lèvent tard le matin. Je laisse aux Canadiens qui font autrement, le soin de leur jeter la pierre.

Donc, toutes les exigences de la vie sociale étant parfaitement remplies, on lève l’ancre ; on tend les voiles au vent…contraire !