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MINGAN — P0INTE-AUX-ESQUIMAUX

Voilà ce que c’est qu’une première nuit passée à la Pointe-aux-Esquimaux. Mais on s’accoutume rapidement à tout, aux choses les plus terribles comme aux plus agréables. Et bientôt, comme les habitants du lieu, on devient insensible à ce tapage nocturne, que l’on ne remarque même plus.

Mais puisque la race canine s’impose ici à l’attention de façon tellement impérieuse, c’est le bon moment de compléter ce que j’en ai dit en d’autres endroits de ce livre.

Le chien du Labrador ressemble au loup. Quelquefois, c’est le chien esquimau conservé sans mélange. Mais la plupart des chiens de la Côte descendent de croisements multipliés. Ils sont de taille assez forte. D’humeur généralement douce, ils reçoivent volontiers les caresses[1].

Rarement, même durant les grands froids, on leur permet l’entrée des maisons, à cause de l’odeur qu’ils exhalent et qui est loin d’être ce qu’il y a de plus aromatique au monde. Malgré cette propriété fâcheuse, l’hygiène, paraît-il, leur est extrêmement redevable sur la Côte Nord, plus encore qu’en certains endroits des Antilles elle ne doit à de complaisants corbeaux. Les chiens du Labrador, en effet, ont le cœur d’une inébranlable fermeté, et l’on ne saurait rien indiquer, parmi les substances connues à notre époque, qui le leur puisse soulever. Aussi, leur rôle n’est pas à ce titre sans importance, en un pays où les inventions modernes n’ont pas encore toutes pénétré…

  1. « Ils se gardent entre eux, écrivait Mgr Bossé, des rancunes longues et mortelles. Cet hiver, un gros chien « de l’avant », nommé Mistou, a été étranglé par un team qui lui en voulait depuis deux ans. Ce Mistou avait été acheté par André Gallibois, de la Pointe-à-Morier, et mis avec ses propres chiens qui le traitaient froidement. Près de la demeure Joseph Gallibois, qui a un splendide team de quatre chiens, frères élevés ensemble et qui fraternisent le mieux du monde. À la première rencontre après l’arrivée de Mistou, l’un d’eux se jette sur l’arrivant, et l’eût étranglé sur-le-champ si on ne le lui eût arraché. Depuis, à chaque rencontre, il y avait bataille. Mistou était seul de son côté. Cet hiver, les deux Gallibois allèrent avec leurs teams couper du bois et visiter leurs pièges. Par mesure de précaution, les deux teams furent attachés à un mille de distance l’un de l’autre ; un épais fourré et une hauteur les séparaient. En moins d’une heure, le team de J. Gallibois avait rongé le trait qui retenait le cométique ; et les voilà qui s’élancent à travers le bois, tombent sur Mistou comme la foudre et l’étranglent en un instant. »