Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/296

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
280
LABRADOR ET ANTICOSTI

s’élancent soudain à une extrême vitesse : alors, avant que vous ayez eu le temps d’y penser seulement, les pieds vous ont passé par-dessus la tête et vous avez culbuté suivant toutes les règles de l’art, pendant que l’équipage s’enfuit en hurlant. Je vous souhaite de n’avoir que trois arpents à courir pour le rattraper.

On sait quelle est l’exubérante joie du chien de chasse, quand il voit son maître décrocher son fusil et se disposer au départ. Il en est de même des chiens du Labrador quand on se prépare à les atteler. Leur impatience ne connaît plus de bornes ; on dirait qu’ils en deviennent enragés. Dès qu’il y en a un d’attelé, il voudrait tout de suite partir, et il faut quelquefois attacher le cométique pour empêcher un départ prématuré. On attelle l’un devant l’autre les cinq ou six chiens que l’on met ordinairement sur un cométique. Celui d’avant, le guide que les autres suivent, n’est pas le premier chien venu : c’est le plus intelligent de tous que l’on charge de cet office, et quand il est bien dressé, on peut se fier à lui pour reconnaître la route.

Le harnachement des chiens, d’une grande simplicité, est pourtant assez difficile à décrire. Si l’on veut bien ne pas s’en offenser, une comparaison tirée des bretelles qui soutiennent le pantalon, chez les peuples civilisés, fera joliment comprendre ce qu’il s’agit d’expliquer. Soient les bretelles d’un citoyen britannique ! Supposez que deux bandes de cuir, l’une sur la nuque, l’autre sous la gorge, les relient ensemble ; supposez encore que les extrémités antérieures des deux bretelles, au lieu de s’attacher au pantalon, passent sous les aisselles et s’en viennent rejoindre, sur les reins, les autres bouts des bretelles… Je proteste que je ne veux manquer de respect à aucun des sujets de Sa Majesté ! Mais enfin, voilà le harnais des chiens du Labrador… Tout cela, c’est en cuir de loup marin. Et ces quatre bouts des « bretelles » sont liés ensemble, sur la croupe du chien, par un trait plus ou moins long dont l’extrémité, terminée par une boucle, se passe dans le pithook. Le « pithook », c’est une forte amarre où viennent s’attacher de la sorte tous les