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POINTE-AUX-ESQUIMAUX

la Côte Nord, aussi loin que la Pointe-aux-Esquimaux, jouit des bienfaits du télégraphe, de la poste régulière et, durant l’été, du service semi-mensuel d’un navire à vapeur ; mais — ô suprême félicité ! — ces gens exercent à présent leurs droits de libres et indépendants électeurs ! Dans la plénitude de leur pouvoir de citoyen, ils ont le bonheur d’influencer en quelque mesure le gouvernement de la chose publique !

Ce fut en août 1892 que, pour la première fois, les gens de la Pointe-aux-Esquimaux, fraction du peuple souverain, purent s’approcher de l’urne électorale et y déposer leur bulletin de vote. Il est vrai que la chose ne marcha pas toute seule, et qu’il fallut bien distendre un peu les mailles de la loi… ; mais la solidité d’une loi ne ressemble-t-elle pas un peu à celle d’un filet de pêche ? et ne se prouve-t-elle pas par la faculté de pouvoir l’étendre sans la rompre ? Il faut donc savoir que toute la Côte Nord, jusqu’au Blanc-Sablon, et même l’île d’Anticosti, appartiennent au comté de Saguenay, et que le comté de Saguenay est réuni, pour ce qui concerne l’administration fédérale, au comté de Chicoutimi, qui comprend aussi tout le pays du lac Saint-Jean. Il en résulte que le député de Chicoutimi et Saguenay représente, à la Chambre des Communes du Canada, la division électorale peut-être la plus étendue qu’il y ait dans l’univers, une division électorale qui embrasse tout le territoire compris entre la rivière Saguenay, le fleuve Saint-Laurent jusqu’au Blanc-Sablon, et, dans le Nord, la hauteur des terres. Ce député, s’il lui prenait fantaisie de jouer au coup d’État et de lever, un beau matin, l’étendard de l’indépendance, se trouverait à la tête d’un royaume de considérable étendue. Il est vrai que le nombre de ses sujets serait tout à fait restreint, et que le nouveau potentat régnerait principalement sur des solitudes, la plus grande partie de ce territoire étant inhabitée et devant l’être jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de place libre sur le reste du globe terrestre.

Ajoutons que, depuis un certain nombre d’années, le territoire du lac Saint-Jean forme un comté distinct, pour ce qui est de