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LABRADOR ET ANTICOSTI

les unes des autres. On fait alors la chasse en canot. Deux hommes sont dans l’embarcation, l’un à l’arrière pour la diriger, l’autre à l’avant pour tuer au fusil les phoques qui se rencontrent sur les glaces. Il est évident que ce troisième mode ne vaut pas la chasse au bâton, qui est bien la plus expéditive et par conséquent la plus productive.

Maintenant, si l’on s’imagine que, la tuerie achevée, on va transporter tous ces cadavres de phoques dans les goélettes, pour s’en revenir à la Pointe-aux-Esquimaux, c’est que l’on ne s’entend guère aux affaires on n’a pas reçu une « éducation pratique »… On n’a pas été aux « écoles anglaises »….

Les os et la viande du loup marin n’étant pas utilisables[1], pourquoi les emporterait-on ? C’est la graisse qu’il importe d’avoir, pour en faire de l’huile ; c’est aussi la peau, que l’on pourra vendre. Donc, sur la glace même, on lève la peau du loup marin ; et comme, fort heureusement, la graisse tient à la peau, on se trouve à enlever les deux ensemble. On charge les goélettes de ces dépouilles opimes, et l’on met la proue à l’ouest, pour arriver à la Pointe-aux-Esquimaux aussi vite que possible. Ici, on sépare la peau de la graisse, que l’on fait fondre pour en tirer l’huile.

Autrefois, c’était le bon temps, pour la chasse au loup marin comme pour tant de choses ! Donc, en ces jours d’heureux souvenir, l’huile se vendait jusqu’à 80 cents le gallon. Ensuite il est arrivé qu’avec l’adoption de l’étalon Impérial, c’est-à-dire l’augmentation de la mesure, coïncida la diminution du prix de vente. C’était bien le comble de l’infortune pour nos pêcheurs ! Aujourd’hui, le prix du gallon n’est, pour l’ordinaire, que de 30 cts. Quant à la peau du loup marin, qui seulement salée, et non davantage travaillée, s’est vendue jusqu’à une piastre et demie, elle ne vaut plus guère que quarante cents. Enfin, pour tout dire en un mot, suivant le propos d’un pêcheur, « à peine

  1. Pourtant, avec les os, on pourrait faire du phosphate, matière qui a de la valeur à divers égards. Mais nos pêcheurs n’entendent guère la chimie.