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LABRADOR ET ANTICOSTI

Grâce à l’intercession de Son Éminence le cardinal Taschereau, de Mgr Bossé, Préfet apostolique du golfe Saint-Laurent, et d’autres personnages influents, on obtint tout ce que l’on voulut des bienveillants ministres d’Ottawa et de Québec ; et les choses marchèrent admirablement.

Il fut d’abord question d’établir la nouvelle colonie dans la vallée de la Matapédia ou celle de Ristigouche. Mais à la fin il fut décidé de la fixer dans les cantons de Jersey et de Marlow ? comté de Beauce. Par décision du cardinal-archevêque de Québec, M. Boutin fut nommé curé de Saint-Côme de Kennébec, paroisse qui avoisine précisément ces deux cantons : c’était accéder au désir du premier ministre, l’honorable M. J.-J. Boss, qui avait demandé que cette tentative d’émigration et de colonisation fût dirigée par l’ex-missionnaire de Natashquan.

Au mois de septembre, le steamer Napoléon III alla prendre à Natashquan une trentaine de familles, puis quelques autres à l’île à Michon, à Goynish, à Nabésippi, à Piastrebai, aux îles du Betchewun, à la Pointe-aux-Esquimaux. En tout, l’on vit s’embarquer quarante-cinq familles du Labrador, qui avaient résolu d’échanger filets et barques contre la hache du bûcheron et la charrue du laboureur. Et le vaisseau s’éloigna de ces rivages du nord, où l’on avait été heureux jadis, mais où l’on avait cruellement souffert dans les dernières années.

Quel malheur que de n’être pas poète ! Que ne suis-je en train d’écrire un poème épique ! Le beau sujet de chef-d’œuvre que, auteur et lecteurs, nous perdons ici ! — La deuxième nuit du voyage, une effroyable tempête fit croire à tous les passagers du Napoléon III que leur dernière heure allait sonner. En effet, les sombres flots, etc… ; les aquilons déchaînés, etc… ; les sinistres craquements de la mâture, etc… ; trois fois d’effroyables coups de mer…, trois fois le flanc fatigué de la sombre carène, etc. Tout à coup, la tempête redouble de violence, la foudre éclate avec un épouvantable fracas, et l’on voit apparaître un vénérable vieillard, dont les traits contractés expriment déjà le courroux. C’est le Génie du Labrador, qui vient reprocher à