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TOPOGRAPHIE DU LABRADOR ORIENTAL

retenir les enduits de mortier sur les murailles, on fait des sortes de cages pourvues d’une entrée à chaque bout, que l’on dispose de telle sorte que le homard une fois à l’intérieur ne puisse facilement en sortir. La bouette dont on se sert pour attirer là-dedans les crustacés, consiste en têtes de morue, hareng, etc. Ces cages coûtent environ une piastre chacune, et l’on en place jusqu’à plusieurs centaines dans les endroits fréquentés par les homards. Il faut les visiter une ou deux fois chaque jour, pour en retirer les prisonniers en temps utile. Il n’y a plus ensuite qu’à plonger les pauvres bêtes dans l’eau bouillante, ce qui leur donne cette belle couleur rouge que tout le monde connaît, et à remplir de leur chair pesante ces petits cylindres de fer-blanc, qui s’en iront promener l’indigestion à travers les villes et les campagnes, fournissant aux médecins l’occasion de dévouements nouveaux.

Saint-Augustin. — À sept milles au delà du poste dont il vient d’être question, se trouve l’embouchure de la rivière Saint-Augustin, une rivière qui fourmille de saumons et de truites d’une grosseur prodigieuse[1]. C’est l’un des plus beaux et des plus importants cours d’eau du Labrador inférieur. Son estuaire, qui a un mille de largeur, est parsemé d’îles bien boisées. Et cette réapparition du règne végétal se fait aussi sentir sur la terre ferme. « J’ai remonté cette rivière, m’écrivait un missionnaire, jusqu’à vingt milles de son embouchure, en suivant le bras de l’est. De ce côté, elle coule dans une belle forêt de bouleaux, de sapins, d’épinettes, etc. Revoir une belle forêt dans cette région ordinairement si dénudée, produit une jouissance assez difficile à définir, mais très douce. On croit se retrouver au pays, où de tels aspects nous laissent pourtant assez indifférents. Mais l’illusion se dissipe aussitôt que l’on retourne à la côte. »

Le chenal de la rivière Saint-Augustin passe pour être fort

  1. Nos rivières et nos lacs, p. 18.