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LABRADOR ET ANTICOSTI

lire nos journaux. Cela les empêche aussi de fréquenter les blancs et d’apprendre d’eux à perdre la simplicité de leurs mœurs patriarcales et leur fidélité à remplir tous leurs devoirs religieux ! — Autant d’inconvénients qui ne sont pas extrêmement déplorables.

Cette instruction élémentaire, si générale chez les Montagnais, surprend beaucoup les blancs qui n’ont jamais vu de beaucoup près ces indigènes. Dans l’un de mes trajets sur le Str Otter, nous aperçûmes un Montagnais, de passage à bord, qui écrivait d’assez longues phrases sur un paquet d’avirons neufs en destination de l’un des postes de la Côte. C’était un ingénieux mode de communications postales avec quelque compatriote du lieu. Et comme il n’y a presque pas de blancs qui sachent le montagnais, la dépêche avait bien des chances de n’être pas divulguée avant d’arriver au destinataire. Par exemple, si le directeur général des Postes en était informé !

Mais il y a encore bien autre chose ! Si on le savait, à Ottawa ! Je tremble d’en faire la confidence, de peur d’attirer les rigueurs administratives sur ces pauvres sauvages… Je vais le dire pourtant, sous le sceau du secret, à mes lecteurs seulement. Je prie que les lectrices me pardonnent généreusement si je leur demande, pour raison valable et sur l’autorité du sage La Fontaine, de vouloir bien sauter le passage en son entier.

Eh bien, donc, si vous demandez au ministère des Postes de quel service postal on jouit à Betsiamis, on vous répondra sans hésiter que, deux fois la semaine, un courrier est expédié de Tadoussac à Betsiamis ; et que, en outre, durant l’époque de la navigation, le steamer Otter y transporte, tous les quinze jours, les malles du monde entier, via Québec et Rimouski. Et si l’on est le moindrement en veine de loquacité, on ajoutera que, durant la saison d’hiver, c’est de Betsiamis que partent, toutes les trois, quatre ou six semaines, les courriers qui desservent les diverses localités de la Côte Nord et du Labrador. Voila tout ce que l’on sait à Ottawa.

Ce que l’on n’y sait pas, par exemple, c’est que les Montagnais