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LABRADOR ET ANTICOSTI

apportera à la mer, le printemps venu, et que l’on donnera au « bourgeois », pour payer les avances de provisions, de vêtements et de munitions que l’on a reçues l’été précédent. Mais, en somme, on chasse pour manger, et, par surcroît seulement, on fait de l’industrie et du commerce. Si la chasse et la pêche sont très productives, tant mieux ! On fera bombance tout l’hiver à la viande fraîche et au poisson délicat ; puis, on emportera assez de peaux pour solder toutes ses dettes, et l’on aura encore un surplus qui permettra de se faire la vie large durant les vacances au bord de la mer.

Mais il arrive parfois que l’on ne rencontre pas de caribous, ni de lièvres, ni de perdrix, ni de quoi que ce soit que l’on puisse mettre à la broche. Il y a longtemps que la dernière drachme de farine a cessé d’exister. Et puis il se trouve que l’on n’est dans le voisinage d’aucun lac, d’aucune rivière. Oh ! alors, ce n’est pas réjouissant ! S’il se passe plusieurs jours de la sorte, cela devient de moins en moins délectable. — « Tiens ! un caribou ! là-bas ! » — Et l’on part après l’animal, dont la seule vue a ramené l’espoir, le plus grand bien après la possession de l’objet, plus grand même parfois, mais non dans le drame auquel nous assistons. Eh bien, voilà que, par le plus fâcheux des hasards, on a manqué le caribou ! Je ne sais par quel accident inaccoutumé cela s’est fait. Mais il s’est échappé, et le dîner l’a suivi !

La position est devenue terrible. Et si la bonne Providence ne le fait pas exprès pour sauver ces pauvres gens, en envoyant par là quelque gibier, ils mourront de fait. Ce malheur arrive bien quelquefois. Un peu comme le marin, le sauvage, qui passe sa vie dans l’immensité des plaines et des forêts, est apparemment sous une dépendance plus immédiate des hasards de l’existence.

Et ces pauvres sauvages ont encore à compter avec autre chose. Sujets comme nous du pouvoir gouvernemental, ils doivent aussi se soumettre à l’autorité des lois. Or, comme on sait, la loi ne permet la chasse qu’à certaines époques de