Page:Huard - Labrador et Anticosti, 1897.djvu/76

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
60
LABRADOR ET ANTICOSTI

pasteur ! Quand on est Français, il est bien naturel que, après tant d’années d’éloignement, on désire revoir une fois au moins la moult belle, bonne et doulce France ! Ce fut durant l’hiver de 1890-91 que le P. Arnaud eut ainsi le bonheur d’aller passer quelques semaines sous le ciel de sa patrie. Et encore, il n’est pas sûr qu’il se serait permis de faire ce voyage, si une solennité chère à son cœur ne le lui eût en quelque sorte imposé. Cette fête, c’était le cinquantième anniversaire de la fondation du juniorat de Sion, où il avait fait ses études. Du reste, dès qu’il eut donné à son Alma Mater le témoignage de son affection en prenant part aux pieuses réjouissances de l’anniversaire béni, dès qu’il eut revu sa ville natale, Avignon, et « passé », encore une fois comme « tout le monde », sur le pont fameux que l’on sait, il n’aspira plus qu’à s’en revenir dans ses montagnes au milieu des sauvages. Pour garant de cet ennui du Père, nous avons la parole d’un journaliste du Paris-Canada, qui lui fit subir, à Paris même, le supplice de l’interview, pour le plus grand intérêt de ses lecteurs d’Europe, qui jusque-là ne devaient pas en savoir long sur le Labrador canadien ni sur le peuple des Montagnais.

Durant l’année qui suivit son retour d’Europe, peu s’en fallut que l’apôtre des Montagnais ne se remît en route, mais pour un voyage d’une bien autre importance. Il fut pour lui question de se rendre, non plus à la Sion de France, mais à la céleste Sion elle-même. Grâce à Dieu, le voyage ne se fit pas, et le vieux missionnaire continue de guider dans la voie droite le peuple qui lui est confié.

Mais cette fièvre typhoïde dont il a réchappé, n’a pas laissé que de l’affaiblir beaucoup. Et puis, quand on porte le fardeau de soixante-dix années, on n’est plus beaucoup agile. Aussi, depuis plusieurs années, le P. Arnaud, à l’exemple de son vieux compagnon, le P. Babel, a dû confier à des collaborateurs plus jeunes le soin de parcourir chaque année les missions sauvages du Labrador.

Durant l’été de 1896, le P. Arnaud a pourtant voulu refaire,