Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/114

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— De Mélanie Simon et de toi.

— Eh bien, on dit qu’elle est ma maîtresse ?

— Non, on dit que tu es un mouchard.

— Après ? Que faire à cela ?

— Provoquer une enquête, dit Hayes.

— Et un jugement, dit Gigoux.

Hubert ne répondit pas.

Ses deux amis froncèrent le sourcil.

Le lendemain, ils le pressèrent de nouveau, il se tut ; ils revinrent à la charge, il refusa presque ; plus il hésitait, plus ils insistaient. Ils finirent par lui déclarer qu’il fallait « tirer la chose à clair ».

Hubert, acculé à l’enquête et voyant les soupçons grandir, consentit.

C’est chez Beauvais, Don street, n° 20, que se tient ce qu’on appelle « le cercle des proscrits ». Les proscrits désœuvrés et les proscrits sans travail se tiennent là dans une salle commune.

Hubert afficha dans cette salle une déclaration adressée à tous « ses frères d’exil » dans laquelle, allant au-devant des « infâmes calomnies » répandues sur son compte, il se mettait à la disposition de tous, réclamait une enquête et demandait pour juges tous les proscrits.

Il voulait l’enquête immédiate, rappelant qu’il comptait quitter Jersey le vendredi 21 octobre, et terminait en disant : « La justice du peuple doit être prompte. »

Le dernier mot de cette affiche était : « Le jour se fera. — Signé : Hubert. »

Sur cette affiche la société « Fraternité » dont était Hubert se réunit. Elle évoqua l’enquête, et nomma pour instruire ce procès domestique de la proscription cinq de ses membres : Mathé, Rattier, Rondeau, Henry et Hayes. — Mathé, sur le cri de surprise échappé à son fils, était convaincu de la culpabilité de Hubert.

Cette commission fit une véritable instruction juridique, appela les témoins, entendit Gigoux et Jego, enrôlés par Hubert pour Paris, Jarassé, Famot, auquel Hubert avait dit : — Il faut un massacre de six mois pour en finir ; — recueillit les dires de Rattier et de Hayes, appela Mélanie Simon, confronta Mélanie Simon avec Hubert ; se fit représenter la lettre de Hubert datée d’Angers, laquelle avait été déchirée, et en rapprocha les morceaux ; dressa procès-verbal du tout.

Dans la confrontation, Mélanie Simon confirma toutes ses paroles, et dit nettement à Hubert :

— Vous êtes un mouchard de Bonaparte.

Les présomptions abondaient, mais les preuves manquaient.