Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/156

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



Suivant son vœu, nous transporterons son cercueil à Villequier, près de notre douce fille morte.

Je l’accompagnerai jusqu’à la frontière.

Pour entrer le cercueil en France, il faut l’autorisation du gouvernement français. Télégramme à Paul Foucher[1] pour qu’il fasse les démarches.

Vacquerie est arrivé. Laussedat est venu. Paul Meurice est arrivé à dix heures du soir.

On a photographié notre chère morte[2].


28 août. — Toute la journée formalités accablantes. Échange de dépêches électriques pour obtenir que le cercueil passe la frontière.


Quatre heures après midi. — Le cercueil est double. On l’y a mise enveloppée d’un suaire blanc doublé de mousseline. Le docteur Allix l’a couverte d’aromates, laissant le visage à nu. J’ai pris des fleurs qui étaient là. J’en ai entouré la tête. J’ai mis autour de la tête un cercle de marguerites blanches, sans cacher le visage, j’ai ensuite semé des fleurs sur tout le corps et j’en ai rempli le cercueil. Puis je l’ai baisée au front, et je lui ai dit tout bas : sois bénie ! — Et je suis resté à genoux près d’elle. Charles s’est approché, puis Victor. Ils l’ont embrassée en pleurant et sont restés debout derrière moi. Paul Meurice, Vacquerie et Allix pleuraient. Je priais. Ils se sont penchés l’un après l’autre, et l’ont embrassée.

À cinq heures on a soudé le cercueil de plomb et vissé le cercueil de chêne. Avant qu’on posât le couvercle du cercueil de chêne, j’ai, avec une petite clef que j’avais dans ma poche, gravé sur le plomb, au-dessus de sa tête : V H. Le cercueil fermé, je l’ai baisé.

J’ai mis, avant de partir, le vêtement noir que je ne quitterai plus.

À six heures, nous sommes partis de la maison, n° 4, place des Barricades, pour la gare du Midi. Derrière le corbillard, il y avait trois voitures de deuil où nous étions. Plus MM, Laussedat, Gustave Frédérix, Gaston Bérardi, Cœnaès, Albert Lacroix et plusieurs autres. À sept heures, le cercueil a été placé dans un wagon spécial et nous sommes partis. Nous étions, Charles, Victor et moi dans le même wagon avec Auguste Vacquerie, Paul Meurice, Henri Rochefort, Émile Allix et Camille Berru. À neuf heures, nous arrivions à Quiévrain. Il y avait foule autour de notre wagon. Cette foule m’a salué avec émotion quand je suis descendu. Le chef de gare m’a conduit au wagon mortuaire. On l’a ouvert. J’y suis monté. Le cercueil était dans une

  1. Frère de Mme Victor Hugo. (Note de l’éditeur.)
  2. La photographie de la morte est collée quelques pages plus loin. (Note de l’éditeur.)