Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/177

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bourgs, plus de quatre-vingt mille hommes et femmes. Trois mille entreront. Que faire du reste ? Le gouvernement est inquiet. Il craint l’encombrement, beaucoup d’appelés, peu d’élus, une collision, un désordre. Le gouvernement ne veut rien me refuser. Il me demande si j’accepte cette responsabilité. Il fera ce que je voudrai. Le préfet de police est chargé de s’entendre avec moi.

J’ai dit à M. Cresson : — Consultons Vacquerie et Meurice, et mes deux fils qui sont là. Il a dit : — Volontiers. Nous avons tenu conseil à nous six. Nous avons décidé que les trois mille places seraient distribuées dimanche, veille de la lecture, dans les mairies des vingt arrondissements, à quiconque se présenterait, à partir de midi. Chaque arrondissement aura un nombre de places proportionné au prorata de sa population. Le lendemain, les trois mille porteurs d’entrées (à toutes places) feront queue à l’Opéra, sans encombrement et sans inconvénient. Le Journal officiel et des affiches spéciales avertiront le peuple de toutes ces dispositions, prises dans l’intérêt de la paix publique.


25 novembre. — Mlle Lia Félix est venue me répéter Sacer esto qu’elle dira lundi au peuple.

M. Tony Révillon[1], qui parlera, est venu me voir avec le Comité des gens de lettres.

Une députation d’américains des États-Unis vient m’exprimer son indignation contre le gouvernement de la République américaine et contre le président Grant, qui abandonne la France... — À laquelle la République américaine doit tant, ai-je dit. — Doit tout, a repris un des américains présents.

On entend beaucoup de canonnade depuis quelques jours. Elle redouble aujourd’hui.

Napoléon le Petit va paraître, édition parisienne, conforme à celle des Châtiments. Hetzel m’a envoyé ce matin des exemplaires.

Mme Meurice veut avoir des poules et des lapins pour la famine future. Elle leur fait bâtir une cahute dans mon petit jardin[2]. Le menuisier qui la construit vient d’entrer dans ma chambre et m’a dit : — Je voudrais bien toucher votre main. — J’ai pressé ses deux mains dans les miennes.


27 novembre. — L’Académie me donne signe de vie. Je reçois l’avis officiel qu’elle tiendra désormais une séance extraordinaire le mardi.

  1. Journaliste, collabora à la Gazette de Paris, au Figaro, au Nain jaune et à l’Événement, devint député de Paris en 1881. (Note de l’éditeur.)
  2. Victor Hugo habitait chez Paul Meurice, dont il occupait la chambre à coucher et le cabinet de travail, au rez-de-chaussée. Ces deux pièces donnaient sur un petit jardin, avenue Frochot. (Note de l’éditeur.)