Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/284

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chaux et des sergents, des princes et un cordonnier, toute la bigarrure humaine. Et le poète conclut, après avoir vu tous ces hommes, qu’il n’y a qu’ « un homme ». Il n’y a aussi qu’une chose devant laquelle on doive s’agenouiller : la bonté. Le génie et la bonté, c’est Victor Hugo tout entier.


Le Gaulois.
Popinot.

… Victor Hugo faisant du reportage pour son compte personnel, interviewant les hommes de son temps et, souvent, se confessant lui-même à la fin de la journée : voilà ce qu’on trouve dans ce volume inattendu, unique dans l’œuvre qu’il continue et par lequel ce qu’on a appelé naturalisme fait invasion dans le castel du romantisme.

Avoir vu, c’est le privilège de ceux qui ont vécu ; et ceux qui ont vécu, vu et retenu sont de plus en plus goûtés, à mesure qu’ils se font plus rares dans ce xixe siècle parvenu au dernier quart de sa course.

… Il y a là une disposition d’esprit curieuse à signaler, plus commune aujourd’hui peut-être qu’à d’autres époques où l’on aimait mieux regarder devant que derrière soi. Comme on n’a pas de l’avenir des perspectives bien tentantes, comme l’espérance ne paraît pas destinée à avoir le dessus dans son duel toujours pendant avec l’anxiété de l’inconnu, on se tourne volontiers vers le passé et l’on demande jusque dans ses plus petits détails et ses moindres miettes le récit à ceux qui l’ont pu voir. Il arrive même que plus les miettes sont petites, intimes, familières, ramassées sur quelque coin de la table, dont l’histoire proprement dite n’a daigné apercevoir que les gros morceaux, plus elles sont recherchées des gourmets.

Le volume de Choses vues arrive donc absolument à l’heure où il pouvait être le plus fêté.

… Ceci est, proprement, le journal de Victor Hugo.

Les pages s’y suivent diverses et inégales, allant du premier-Paris aux faits divers, en passant par les échos. La chronique judiciaire de la Chambre des pairs, où l’on sait que le poète avait été appelé par ordonnance royale datée de 1845, y tient une large place. Les craquements et les scandales des procès Teste, Cubières, Praslin, annonçaient la tempête où périt le bâtiment.


Le Charivari.
Pierre Véron.

Avec Victor Hugo, il faut s’attendre toujours à de nouvelles surprises.

On croyait, certes, que le maître des maîtres avait, dans tous les genres, donné la mesure de son génie immense, de son infinie fécondité et de ses aptitudes quasi immortelles.

Et voilà qu’après sa mort un volume paraît, qui étonne et qui charme, en dehors de tout ce qui avait chez lui charmé et étonné.

Ce volume, c’est celui qui vient de paraître sous ce titre d’une simplicité voulue, qui précise bien ce que le grand écrivain a voulu faire.

Ce ne sont pas des Mémoires au sens banal du mot.

Victor Hugo n’avait pas à faire concurrence à ceux qui, n’étant rien ou presque rien par eux-mêmes, ont besoin de vivre aux dépens des autres et les débitent en tranches d’anecdotes.

Ce ne sont non plus les commentaires d’un siècle semblables à ceux que Chateaubriand délaissé remplit de sa personnalité chagrine et envahissante.

Rien que des notes, et quelles notes !

Au jour le jour, Victor Hugo les a écrites sous l’impression des événements ou des rencontres qui l’avaient frappé.

Il y a là des récits merveilleux, écrits par un reporter de génie. Il y a des tableaux tracés par le pinceau d’un admirable peintre.

Il y a du cœur, il y a de l’esprit.

MM. Vacquerie et Paul Meurice, qui poursuivent avec un dévouement filial la publication des œuvres posthumes d’Hugo, ont choisi avec un goût sûr tous ces fragments d’un intérêt égal et d’un ton varié.


Le Radical.
Georges Lefèvre.

Il y a longtemps déjà que tout le monde a constaté la prodigieuse variété du génie de