Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/339

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aller jusqu’à la dictature et la liberté jusqu’à l’anarchie. De là un double accès despotique qui a le sombre caractère de la nécessité, un accès dictatorial et un accès anarchique. Oscillation prodigieuse.

Blâmez si vous voulez ; mais vous blâmez l’élément. Ce sont des faits de statique, sur lesquels vous dépensez de la colère. La force des choses se gouverne par A + B, et les déplacements du pendule tiennent peu de compte de votre mécontentement.

Ce double accès despotique, despotisme d’assemblée, despotisme de foule, cette bataille inouïe entre le procédé à l’état d’empirisme et le résultat à l’état d’ébauche, cet antagonisme inexprimable du but et du moyen, la Convention et la Commune le représentent avec une grandeur extraordinaire. Elles font visible la philosophie de l’histoire.

La Convention de France et la Commune de Paris sont deux quantités de révolution. Ce sont deux valeurs, ce sont deux chiffres. C’est l’A plus B dont nous parlions tout à l’heure. Des chiffres ne se combattent pas, ils se multiplient. Chimiquement, ce qui lutte se combine. Révolutionnairement aussi.

Ici l’avenir se bifurque et montre ses deux têtes ; il y a plus de civilisation dans la Convention et plus de révolution dans la Commune. Les violences que fait la Commune à la Convention ressemblent aux douleurs utiles de l’enfantement.

Un nouveau genre humain, c’est quelque chose. Ne marchandons pas trop qui nous donne ce résultat.

Devant l’histoire, la révolution étant un lever de lumière venu à son heure, la Convention est une forme de la nécessité, la Commune est l’autre ; noires et sublimes formes vivantes debout sur l’horizon, et dans ce vertigineux crépuscule où il y a tant de clarté derrière tant de ténèbres, l’œil hésite entre les silhouettes énormes des deux colosses.

L’un est Léviathan, l’autre est Béhémoth.


IV


Il est certain que la révolution française est un commencement. Nescio quid majus nascitur Iliade.

Remarquez ce mot : Naissance. Il correspond au mot Délivrance. Dire : la mère est délivrée, cela veut dire : l’enfant est né. Dire : la France est libre, cela veut dire l’âme humaine est majeure.

La vraie naissance, c’est la virilité.

Le 14 juillet 1789, l’heure de l’âge viril a sonné.