Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/384

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la même date on lit dans une lettre de François-Victor :


Je crains bien que cet infortuné Lacroix ne boive un bouillon avec son Guide. Je n’ai pas encore reçu les épreuves de mon article qui doit paraître dans le second tiers du volume. La moitié seulement des feuilles est tirée. Je serais étonné maintenant que le guide parût avant le 15 mai. Et il y aura déjà alors bon nombre d’étrangers qui auront quitté Paris. Lacroix est consterné.

Tu feras bien d’encourager Lacroix qui, en ce moment est fort effrayé de son découvert de 300 000 francs.


Victor Hugo aurait eu quelque mauvaise grâce à réclamer la communication des derniers placards, ce qui aurait retardé encore l’envoi de sa préface.

Il écrit le 14 avril à un ami, est-ce à Vacquerie, est-ce à Paul Meurice ? nous n’avons qu’une copie, sans indication de destinataire ; nous serions tenté de penser que cette lettre est adressée à Paul Meurice quoique la Correspondance entre Victor Hugo et Paul Meurice ne la mentionne pas ; or, dans une lettre à Lacroix que nous reproduisons plus loin, Paul Meurice déclare très nettement qu’on lui doit l’envoi de la préface de Victor Hugo.


Je ferai tout ce que vous voudrez, mais voici le hic : — Je ne connais pas cette fin du livre et (politiquement et littérairement) je la crains un peu. Or, ma préface livrée je suis livré. Comment êtes-vous avec M. L. Ulbach ? Il me paraissait bien triste du nuage entre vous, en me l’écrivant. Si ce nuage était dissipé j’en serais charmé. Ce deuxième volume arrangé et composé par lui (en qui j’ai pleine confiance du reste) et revu par vous, je serais tranquille. Mais est-ce possible ? je crains que non. Et alors l’introduction publiée, je suis un peu à la merci d’une phrase mal sonnante qui aura échappé dans le tome II. Or vous savez quels ennemis j’ai et à quel point ma double position politique et littéraire entraîne péril et responsabilité. C’est pourquoi, avant de livrer la préface, je voulais connaître le livre entier. Mais à une prière de vous je ne résiste pas.


On remarquera que le Paris-Guide qui devait être primitivement en un seul volume dut être divisé en deux. On ne prévoyait pas alors que les articles seraient aussi nombreux et aussi longs ; un seul volume eut été beaucoup trop gros et beaucoup trop coûteux. Mais c’est le second volume, tout au moins en grande partie, qui n’avait pas été communiqué à Victor Hugo, et il fallait paraître au plus tôt.

Victor Hugo renonçait donc à la communication des dernières feuilles ; et on lit dans ses Carnets :


16 avril. J’envoie à M. Lacroix, à Bruxelles, les trois premières parties de mon introduction au livre Paris. (I. L’Avenir ; II. Le Passé ; III. Suprématie de Paris.)


17 avril. J’ai envoyé à M. Lacroix la partie IV (fonction de Paris) de la préface du livre Paris.


Victor Hugo écrivait à Lacroix :


H.-H., 23 avril. [1867.]

In baste, mon excellent et cher éditeur. Les deux feuilles que Paris m’a envoyées partent en bon à tirer. Demain vous aurez le vôtre, moins pressé. Je crois en effet qu’il importait que cela précédât votre livre, excellent d’ailleurs.

Comme vous ne m’envoyez pas mon épreuve spécimen sur laquelle je comptais, je suis forcé de tirer sur vous à vue 4 500 francs (environ la moitié de ce que vous me devez, je suppose) à cause de mes échéances de fin du mois. La traite vous sera présentée par la Old bank de Guernesey. Faites force de rames pour paraître. Je vous y aide de tout mon cœur.

À demain et mille cordialités.

V.

Vous feriez bien de lancer une édition de cela dans le format des Misérables. J’y mettrais un titre spécial. Cela servirait, je crois, le livre Guide.