Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/39

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XIX


En mars 1849, le cinq était à 90. On réimprimait le procès de Babeuf devant la haute cour de Vendôme à l’occasion du procès de Blanqui devant la haute cour de Bourges. Le président de la République qui avait perdu du terrain en janvier en avait regagné en février. L’opinion lui revenait. Les comités électoraux se formaient partout, et faisaient un grand bruit autour de l’Assemblée agonisante comme les corbeaux autour d’un cadavre ; dans le grand comité qui siégeait rue Saint-Honoré, n° 352, MM. Thiers, Molé, Berryer et Montalembert se donnaient la main. C’est-à-dire toutes les négations, depuis celles qui parlent au nom de Voltaire jusqu’à celles qui parlent au nom de Loyola. Quant à moi, je disais à cette réunion : — Ne versons pas à droite. Si je suis réélu, ce sera mon honneur, je le prévois, d’avoir été de la droite dans l’Assemblée de 1848 et d’être de la gauche dans l’Assemblée de 1849. Le 12, on doubla le traitement du président, grandes rumeurs, tempête sur la Montagne, bourrasque en bas : — Vous ramenez peu à peu la monarchie. — C’est une liste civile. — Vous courez à de nouvelles révolutions, etc. Il y eut contre l’augmentation cent quatre-vingt-treize voix. Au moment où l’on proclama ce nombre, une voix parmi les rouges cria : 93 au bout de tout cela !

Bals et fêtes partout. Un mot caractérise les mœurs du moment. Au bal des comédiens à l’Opéra-Comique, le duc d’Ossuna, sept fois grand d’Espagne, était dans une loge de la galerie avec deux femmes jolies, parées et qui avaient un certain air imposant. Leurs façons avec le duc dépassaient la familiarité et allaient jusqu’à l’intimité. M. de Richelieu aborde M. d’Ossuna et lui dit tout bas :

— Quelles sont ces dames, mon cher duc ?

M. d’Ossuna montre la plus jeune et répond :

— Mon cher duc, celle-ci s’appelle Tata.

— Et celle-là ?

— Je ne sais pas son nom. C’est Tata qui me l’a présentée.




XX


Avril 1849.

Tout se heurte et se mêle dans l’étrange moment que nous traversons. Le haut et le bas de la société demandent aide à la fois. De là des rencontres