Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Choses vues, tome II.djvu/90

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Dupin a paru rêver un moment et a répondu : — Non, il ne la viole pas, mais il la trousse aussi haut que possible.

Ceci me rappelle ce qu’il me dit le jour où je parlai sur la loi d’enseignement. M. Baudin m’avait cédé son tour de parole. Je montai au fauteuil pour en prévenir Dupin.

— Ah ! vous allez parler ? tant mieux ! me dit-il ; et, me montrant M. Barthélemy Saint-Hilaire qui tenait la tribune en ce moment-là et qui faisait contre la loi un long et minutieux discours d’universitaire, il ajouta : — Celui-ci vous rend service. Il fait la besogne préparatoire. Il déculotte la loi. Cela fait que vous n’aurez pas la peine de la déboutonner et que vous pourrez tout de suite…

Il acheva la phrase par ce geste expressif qui consiste à frapper le dehors des doigts de la main gauche avec le dedans des doigts de la main droite.




Juin 1850.

Louis Bonaparte demande une petite liste civile de trois millions six cent mille francs. Il lui faut quelques zéros de plus à son budget, il ne se contente pas des zéros qu’il avait ajoutés à son ministère.




Juin 1850.

Le gouvernement a trouvé un moyen d’empêcher les révolutions. Il s’est dit : les révolutions naissent des barricades et les barricades naissent des pavés. — Il macadamise les boulevards et le faubourg Saint-Antoine.

Voilà donc à quoi se résout désormais la politique du gouvernement : une moitié de l’année en poussière et l’autre moitié en boue.




PROCÈS DU POUVOIR[1].

18 juillet 1850.

Pour la première fois, depuis la République, l’Assemblée se constitue tribunal. La séance commence à midi par extraordinaire.

  1. Le gérant du journal le Pouvoir, M. de la Martinière, était incriminé comme ayant publié un article portant atteinte à la dignité et aux droits de l’Assemblée législative. M. de la Martinière, défendu par Me Chaix d’Est-Ange, fut condamné, par 275 voix contre 119, à 5 000 francs d’amende. (Note de l’éditeur.)