Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/100

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


dans son cœur et dans le cœur de tous ceux qui l’écoutent. C’est pour cela que c’est beau, grand et touchant.

Aujourd’hui Mme Dillon sort de l’ombre ; vous qui avez la lumière, donnez-la lui, vous qui avez le succès, le triomphe, le rayonnement, la gloire, cher poëte, couronnez-la.

Je vous recommande Mme Dillon.

Si vous le voulez, Mme Dillon aura tout l’applaudissement qu’elle mérite ; vous le voudrez, n’est-ce pas, cher ami ? Et je me dirai : c’est moi qui ai fait cela, et je me figurerai que je suis une puissance dans mon exil.

Vous avez parlé de moi l’autre jour dans la Presse[1] en termes nobles et charmants, en grand poëte et en bon ami que vous êtes. Je ne vous remercie pas, je vous aime.

Victor Hugo[2].


À François-Victor.


17 avril. Bruxelles.

Mon Victor, ta lettre au Siècle[3] est aujourd’hui dans les journaux de Bruxelles. Nos amis me l’apportent avec enthousiasme. Tu as bien fait. Je te félicite, et je te remercie, mon enfant. Tu portes bien mon nom. Aie toujours cette dignité et ce courage.

J’aurais été bien heureux de te revoir et de te ravoir. C’est encore quatre mois de souffrance et de privation, exil pour toi comme pour moi. Offrons cette douleur à l’idée sainte que nous servons.

Cher enfant, Charles et moi, nous t’embrassons bien tendrement.

V.[4]
  1. 14 avril 1852. Arsène Houssaye, administrateur de la Comédie-Française, avait demandé en 1852 à Théophile Gautier des vers pour l’anniversaire de Corneille. Alexandre Damas, dans La Presse du 11 avril 1852, raconta comment Gautier, autrefois, avait écrit des vers sur le même sujet d’après le plan que lui avait fourni Victor Hugo. — La censure interdit alors la récitation des vers de Théophile Gautier à la Comédie-Française.
  2. Archives Spoelberch de Lovenjoul.
  3. En apprenant qu’il était « gracié », François-Victor écrivit, le 16 avril, au directeur du Siècle une lettre dont le catalogue Charavay donne cet extrait :
    « ... La situation faite à mon père, faite à mon ami Paul Meurice, qui expie encore sous les verrous la responsabilité d’un article signé de moi seul, m’empêche d’accepter une grâce que je n’ai provoquée en aucune façon. »
  4. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.