Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/109

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le 9 mai à Auguste et il a dû te montrer la lettre ; et puis, au moment même où je recevais la tienne, ce soir, tu devais en recevoir deux par B... qui est parti hier dimanche pour Paris, une de moi et une de Charles t’apportant son article pour le Siècle. Tu es donc rassurée en cet instant où je t’écris, mais n’importe, chère maman bien-aimée, puisque tu as été quinze jours sans lettres, je veux que tu en reçoives deux coup sur coup. Charles qui a bien travaillé toute la semaine, est ce soir au théâtre où Mme Guyon joue, et moi je reste au logis pour t’écrire.

Je n’ai pas encore vu l’homme de Londres. Je l’attendais hier, et je l’attends toujours. Je crois, chose triste, que même en Angleterre il n’y a plus de presse libre et qu’on recule devant l’audace de publier mon livre.

Ceci entre nous, car il ne faut parler de cet obstacle à personne, les gens de l’Élysée s’en réjouiraient et feraient en sorte d’augmenter les difficultés. Dans ce cas-là, je suis résolu, je publierais le livre à mes frais, et n’importe comment.

Du reste il est toujours possible que l’affaire de Londres aboutisse et même probable qu’elle aboutira.

Tu sais qu’Hetzel n’est pas encore à Bruxelles, mais j’ai eu ta lettre.

On me dit, comme à toi, que Jersey c’est le paradis, et nous nous y rejoindrons bientôt, je l’espère. Mais tu ne me réponds pas à ces questions que je t’ai posées : As-tu vu Martin (de Strasbourg) ? Mme David t’a-t-elle mise en rapport avec lui ? Il faut trouver moyen de mettre notre mobilier à l’abri. Au besoin, il vaudrait mieux le vendre à l’hôtel de la rue des Jeûneurs que le laisser confisquer par le Bonaparte. Et puis il faut abriter aussi mon revenu de l’Institut, c’est possible, je crois, par une délégation, et mon revenu de théâtre. M. Martin, qui est un de nos amis politiques les plus sûrs et les plus honorables, pourra te conseiller excellemment pour toutes ces choses. Mais c’est important et urgent, car notre réunion à tous en est retardée. Pendant que tu feras cela, moi de mon côté, j’achèverai le livre et je le publierai. — Garde le plus grand silence sur ce que je t’ai dit de l’Angleterre.

Tu as en ce moment l’article de Charles. Il est très remarquable et sera, je crois, très remarqué, il écrit à Auguste, et je serai bien obligé à Auguste de lui venir en aide à cette occasion. Mais Auguste est-il encore à Paris ? Ne sera-t-il pas parti pour Villequier ? En ce cas-là, supplée-le, et fais de ton mieux ce que Charles indique. Ce premier article inséré, je suis convaincu qu’il travaillera, et c’est un grand point.

Chère femme, ma chère petite fille, mon Victor, que vous me manquez ! J’ai ici de bien tristes heures. J’aspire au moment où nous vous retrouverons