Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/175

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nues, et tout sera fini. Quand vous le voudrez, je vous enverrai la mienne. Quant à la préface, vous ouvrez un jour nouveau. Si en effet, dans tous les cas la clandestine doit être niée, si vous êtes parfaitement sûr que, par témoignages ou saisies de clichés ou autrement, on ne parviendra pas à vous en jeter la paternité, si vous êtes sûr de vos hommes, de vos cachettes, de vos procédés pour vendre sous le manteau, en ce cas-là, vous avez pleinement raison, il ne faut pas de préface ; mais êtes-vous bien sûr ? dans tous les cas, il faudrait les lettres à cause de l’éventualité peu probable, mais possible à la rigueur, d’un procès pour l’expurgée.

Je châtre de mon mieux et vous pouvez rechâtrer après moi. Est-elle commencée ? — Quant à la clandestine, puisque nous avons le choix, il faudra mettre dessus Genève et non Londres. Il ne faut pas compromettre Londres sans nécessité.

Ce n’est pas seulement ma confiance que vous avez, c’est ma meilleure et plus tendre amitié. Vous aurez été aussi nécessaire pour publier le livre que moi pour le faire. Entendez-vous bien cela ? Et maintenant ne me dites plus de bêtises. Je vous embrasse sur les deux joues[1].


À Hetzel.


Marine-Terrace, 9 août 1853[2].

Je comprends, mon cher monsieur Hetzel, toutes vos raisons, et, bien à contre-cœur, je m’y rends. Je vais me tourner d’un autre côté. Il m’en coûte de ne pas vous associer à cette publication. Quand le poëte est proscrit et que le libraire l’est aussi, il semble que ce serait le cas de marcher ensemble. Le mauvais sort en dispose autrement. Vous avez été rudement éprouvé cette année ; vous demandez une trêve, un moment pour respirer, un peu de repos, je comprends tout cela, et, croyez-le bien, ce n’est pas du bout des lèvres que je vous le dis, après tant de luttes, vous avez le droit, nous aurions tous le droit de nous reposer et de reprendre haleine. — Moi, je dois rentrer en lice.

Vous insistez, vous croyez que je pense que vous manquez à un devoir en reculant devant la publication des Châtiments. Non, je ne le pense point. Si

  1. Les Châtiments. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. — Collection Jules Hetzel.
  2. Lettre convenue pour établir un alibi couvrant Hetzel en cas de poursuites judiciaires.