Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/204

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publication, dans fort peu de temps, j’espère, je m’empresserai de profiter de votre invitation gracieuse que je regarde comme un glorieux appel.

Ce qui ajoute à mes yeux un prix inestimable à cette hospitalité, si noblement offerte, c’est qu’elle ne m’est pas exclusivement personnelle, c’est que l’Espagne a déclaré, par votre organe, par la voix de la presse et par la bouche de son gouvernement, qu’elle l’étendait à tous les autres proscrits. Quel pays plus digne que l’Espagne d’être la grande terre d’asile ? L’Espagne a compris, et c’est ainsi que nous nous traduisons les paroles de son gouvernement, que, loin d’être un obstacle aux bonnes relations internationales, l’asile accordé par un peuple aux proscrits du droit et de la liberté lui créait un titre à la reconnaissance de toutes les nations. Dès aujourd’hui, on peut le dire, — et ici nous proscrits, nous disparaissons, car il s’agit de l’humanité entière, — dès aujourd’hui, en présence des grandes choses que l’Espagne a faites et des grandes choses qu’elle prépare, le peuple français remercie le peuple espagnol.

Courage, citoyens. Achevez ce que vous avez si admirablement commencé. Le monde civilisé a les yeux sur vous. Dans la situation où est aujourd’hui le continent, on peut dire que la révolution espagnole a charge de peuples. Espagnols, vous replacez votre illustre pays dans la lumière ; l’aube se lève chez vous. Soyez glorifiés ! Vous prouvez que la terre qui a produit les grands poëtes et les grands capitaines, sait aussi produire les grands citoyens. Et, à nous proscrits, qui vivons dans l’espérance inébranlable, permettez-nous d’applaudir du fond de l’âme votre belle révolution, commencement, glorieux prélude de la révolution suprême que les penseurs entrevoient, que l’avenir attend, qui sera la fin des despotismes et des guerres, et qui cimentera dans la démocratie pure la grande et fraternelle fédération des Peuples-Unis d’Europe.

J’offre à la Junte de salut mes sentiments de vive reconnaissance et de profonde fraternité.

V. H.
Marine-Terrace. — 17 août 1854[1].


Au colonel Charras.


18 août 1854, Marine-Terrace.

Mon vaillant et cher collègue, il y a deux ans, presque à pareille époque, vous me conduisiez à la frontière belge, quelle joie c’eût été pour moi de

  1. Actes et Paroles. Reliquat. Éditions de l’Imprimerie Nationale.