Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/215

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suis sûr qu’il se tourne vers mon exil comme je me tourne vers son tombeau, avec un œil attendri.

Tous les deuils m’entourent. C’est bien. Dieu sait ce qu’il fait. Hetzel est à Paris. Le savez-vous ? Le connaissez-vous ? Si oui, et si vous avez occasion de le voir (mais il faudrait que ce fut tout de suite) seriez-vous assez bon pour lui demander : 1° s’il a reçu les deux lettres que je lui ai écrites. 2° Si M. Pelvey a fait pour moi le paiement dont je lui ai donné avis, chose urgente, car le 11 février, il y aurait déchéance. — Avez-vous eu la bonté d’affranchir, comme je vous en priais, la lettre à la compagnie d’assurances contenue (la lettre, non la compagnie) dans ma dernière lettre. Tirez-vous de toutes ces lettres-là comme vous pourrez. Je vous envoie à travers ces broussailles, et à votre charmante femme, toutes les tendresses de Marine-Terrace[1].


À XXX[2].


Marine-Terrace.
Dimanche 22 avril [1855].

Lisez ceci, cher poëte[3]. C’est la protestation du présent en attendant l’imprécation de l’avenir. Il ne sera pas dit que le misérable triomphe de cet homme en Angleterre aura passé sans que quelqu’un ait parlé au nom de la France bâillonnée et liée de cordes dans la caverne empire. L’Angleterre est à plat ventre. Elle tremble devant ce petit homme, elle claquera des dents devant la révolution ; c’est bon. L’Angleterre était l’obstacle possible de l’avenir ; je suis charmé qu’elle s’évanouisse. Attendons. Demain talonne aujourd’hui.

Écrivez-moi souvent, et sans attendre mes réponses. Vos lettres, si profondément empreintes de toute votre noblesse de cœur et d’esprit, sont des joies pour Marine-Terrace. Envoyez-moi ce que vous faites ; parlez-moi de vos travaux, de votre femme si digne de vous, de vos succès à deux, de votre bonheur à deux ; je vous envoie toutes les effusions cordiales de ma solitude.

J’achève de dorer quelques étoiles au ciel un peu sombre des Contemplations. Cela fait, vous les aurez.

Donnez-moi des nouvelles de Paris, haut et bas, théâtres et journaux, lettres et foule. Nous parlons souvent de vous ici ; et vous êtes une des figures ( Bibliothèque Nationale. ^*’ Cette lettre ne porte pas de nom de destinataire. — ’*' Uiitor Hugo à Louis Bonaparte. —

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Cette lettre ne porte pas de nom de destinataire.
  3. Victor Hugo à Louis Bonaparte.Actes et Paroles. Pendant l’exil. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale.