Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/227

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rois, et unir ce qu’on divise, les peuples. Vous voulez réconcilier la Russie, rallumer l’aube du nord, jeter un cri libre en langue moscovite, prendre la main de la grande famille slave et la mettre dans la main de la grande famille humaine. Vous faites acte d’européen, vous faites acte d’homme, vous faites acte d’esprit ; c’est bien. Vous prouvez que la politique, quand elle est haute, est la plus haute des philosophies. La revue que vous fondez[1]sera un des plus nobles drapeaux de l’idée. Je vous applaudis, je vous remercie, je vous félicite ; et, si un tel mot convient au peu que je suis, je vous encourage.

Accablé, plus que jamais, de travaux de toute sorte, je serai pour vous plutôt un coopérateur qu’un collaborateur. Mais comptez sur tout le concours qui me sera possible et sur ma plus profonde sympathie. Vous voulez bien me demander mon adhésion ; vous voyez qu’elle va à vous d’elle-même.

Le moment est bien choisi pour jeter la parole d’union et d’amour. L’heure est formidable. Il y a des foudres et des éclairs. C’est de ces années-là que sortent les arches d’alliance.

Je vous serre fraternellement la main.

Victor Hugo[2].


À George Sand.


4 août 1855.

J’apprends qu’un malheur vient de vous frapper. Vous avez perdu un petit enfant. Vous souffrez. Voulez-vous permettre à quelqu’un qui vous admire et qui vous aime de prendre votre main dans les siennes et de vous dire que tout son cœur est à vous. Vos deuils sont les miens, par la même raison qui fait que vos succès sont mes bonheurs. Grande âme, je souffre en vous.

Je crois aux anges, j’en ai dans le ciel, j’en ai sur la terre. Votre cher petit est maintenant, au-dessus de votre tête illustre, une douce âme ailée. Il n’y a pas de mort. Tout est vie, tout est amour, tout est lumière, ou attente de la lumière. Je mets mon tendre respect à vos pieds. Je vous aime bien.

Victor Hugo[3].
  1. L’Étoile polaire, revue fondée par Herzen à Londres, où il s’était réfugié. Cette lettre a été publiée dans la première livraison de L’Étoile polaire, puis rééditée dans les œuvres de Herzen.
  2. Communiquée par l’Institut d’Histoire sociale d’Amsterdam.
  3. Collection de Madame Lauth-Sand.