Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/317

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À Hetzel.


20 septembre 1859.

Ah ! vous voudriez me battre et me mordre ! eh bien, je vous le rendrais. Et ensuite, je vous embrasserais. Attrape ! Votre lettre de huit pages est vive, forte, vraie, inexacte, oublieuse, inique, juste, pleine de cœur, pleine d’esprit, pleine de bêtises, charmante. Vous avez cent fois tort et mille fois raison. C’est un tourbillon de violences au fond caressantes. Si vous croyez que je ne m’y connais pas !

Tenez, il n’y a dans tout ceci qu’un coupable, c’est la distance. Dialoguer à sept jours d’intervalle entre la demande et la réponse, agir avec une rallonge de deux cents lieues au bout des bras, c’est gênant. Et il arrive des cacophonies. Les 28 vers à la page, le déluge des virgules belges, l’in-8° bruxellois au lieu de l’in-18, les bonnes feuilles restées en chemin, la publication prématurée et déflorante du 1er septembre (deux pièces, dites-vous ! Qui diable a pu donner deux pièces ? Voilà une énigme !) les cartons et recartons, etc. , rien de tout cela ne fût arrivé si j’avais pu être là. Je n’aurais pas eu cette petite taquinerie irritante et perpétuelle de votre insaisissabilité, tout irait à merveille, et nous serions deux cœurs dans le même contentement. Au fait, et en dépit de tout, nous le sommes. Vous êtes mon homme et je suis le vôtre, et tout est bien.

Voyez les tours que la distance nous joue : il y a huit jours, je vous écris que je trouve juste de donner à votre catalogue le verso de la couverture du T. II. Pendant ce temps-là, vous, de votre côté, vous concédez ce verso à Meurice qui, étant un admirable ami, fait pour moi ce que je ferais pour lui et est pour moi plus exigeant qu’il ne serait pour lui-même. Supposons-nous tous les trois à Paris ; il n’y a pas un pli. Je fais ce que vous désirez.

Du reste, la moitié de cet inconvénient va disparaître par votre rentrée en France. Nous pourrons désormais imprimer nos éditions types, non plus à Bruxelles, mais à Paris.

Ceci m’amène à votre question au sujet de l’édition belge. Non, certes, je ne donnerai point à Parfait la ruade que vous réclamez avec tant d’insistance. Cette ruade serait d’un âne. Parfait, cette fois comme toujours, a été excellent pour moi, excellent sans réserve et sans restriction. Croyez-vous que je vais hurler parce que ce brave et cher ami a été embrasser sa mère ?Au diable tous les poëmes et tous les poëtes qui empêcheraient un fils de se précipiter