Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/382

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sembler long dans la première ou la deuxième partie est une préparation de la fin, et ce qui aura paru longueur au commencement ajoutera à l’effet dramatique du dénouement. Comment en juger dès à présent ? Vous-même, avec votre intelligence si pénétrante et si ouverte, vous risqueriez de vous tromper en essayant d’apprécier définitivement ceci ou cela, et, ne voyant pas la perspective du Tout, vous commettriez des erreurs d’optique. Ce livre est une montagne ; on ne peut le mesurer, ni même le bien voir qu’à distance. C’est-à-dire complet. Ne communiquez donc, je vous prie, le manuscrit à personne, pas même à votre meilleur ami. J’accepte le jugement du public, et surtout le jugement de la postérité ; mais non les opinions individuelles. Pour un livre comme celui-ci, il faut tout le monde — ou personne.

Ceci n’est qu’un mot en courant pour vous mettre sur vos gardes. À demain des épreuves. J’insiste toujours pour le retour aux deux volumes, et plus que jamais. Nous ne pouvons éviter le morcellement, n’y ajoutons, pas le délaiement.

Je vous serre très cordialement la main.

V. H[1].


À Albert Lacroix.


Mercredi 12 février [1862].

Je vous félicite, vous et votre honorable associé, du retour aux deux volumes. L’obstacle au succès disparaît. C’était une idée funeste que ces trois volumes, vous l’aviez couvée bien malgré moi, mais votre excellent bon sens vous fait revenir à la vérité, et je vous félicite. Rien n’était fait encore ; quant au papier épais, d’abord faites votre mea culpa, c’est votre faute ; ensuite réjouissez-vous, vous vous en tirez à bon marché. Je continue de croire de plus en plus aux cinq parties, elles se dessinent très distinctement. N’appelez pourtant pas cela une promesse, ce ne peut être un engagement, mais vous connaissez mon absolue bonne volonté, et je crois être sûr qu’il y aura cinq parties.

Maintenant, c’est à vous, cher monsieur Lacroix, que je m’adresse spécialement.

Tu quoque ! vous aussi, vous-même, noble et rare esprit, vous voyez la

  1. Publiée en partie dans Les Misérables. Historique. Édition de l’Imprimerie Nationale. — Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.