Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/384

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volumes de mes œuvres, édition Houssiaux, contiennent un bon tiers de plus, et ne coûtent que 5 francs. Quant au papier épais, et au caractère trop gras qui tient trop de place, c’est la faute de votre faux point de départ et de la malheureuse idée de trois volumes que vous abandonnez avec la plus louable sagacité. Permettez-moi donc de ne voir là-dedans aucun sacrifice. Je vous apprécie par tant d’autres côtés, et vous avez tant de mérites réels, que vous devez être le premier à ne pas vouloir d’un mérite factice. Si, comme je l’espère de plus en plus, vous avez dix volumes, c’est-à-dire deux volumes par-dessus le marché, vous pourrez bien continuer de rimer en fice, mais il faudra dire : bénéfice, et non sacrifice.

Je ris, cher monsieur, car je suis content de vous voir dans l’excellente voie où votre sens si droit et si net doit toujours vous maintenir.

Je vous envoie les corrections de deux feuilles, très chargées, comme vous verrez, et je ferme bien vite cette lettre, pour qu’elle parte à temps.

Mille affectueux compliments.

V.[1]


À George Sand.


Hauteville-House, 18 février 1862.

Où êtes-vous ? où cette lettre vous trouvera-t-elle ? Est-ce à Nohant ? est-ce à Paris ? pensez-vous quelquefois à un ami lointain que vous n’avez jamais vu, et qui vous est sérieusement et profondément acquis ? Tout ce que vous avez fait de bon, de grand et de beau pour tous dans ce siècle, vous, femme, avec votre tendresse, vous, sage, avec votre amour, me constitue un de vos débiteurs, et, au milieu des choses immenses qui m’entourent, mer, ciel, astres, nature, humanité, tempêtes, révolutions, je vous appelle et je songe à vous, et mon esprit dit au vôtre : Venez.

Je suis accablé de travail et d’affaires, et dans cette situation que vous connaissez, où l’on n’a pas un instant à soi, une lettre à écrire semble une aggravation ; mais vous écrire, c’est un repos.

Votre gloire est de celles dont le rayonnement est doux. La contemplation d’une lumière comme la vôtre est un enchantement pour l’âme.

Quand pourrons-nous causer, et nous voir, et nous dire tant de choses ? Hélas ! il me semble que la France recule pour moi, je voudrais bien que Guernesey pût se rapprocher de vous.

  1. Gustave Simon. — La Revue, 1er mai 1909.