Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/450

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indiscret de vous les rappeler ? est-ce importun de vous faire resonger à ces joies ? J’ai travaillé tout l’hiver, passim, la tête plongée dans cette incubation de ma grande rêverie que vous savez. Dieu me donnera-t-il vie et force pour mener à fin cette immensité que mes ennemis appelleront énormité ?

Je suis un peu vieux pour mettre en mouvement les montagnes, et quelle montagne ! la Montagne même ! 93 ! enfin ! Diex el volt. Cher grand cœur que vous êtes, aimez-moi un peu. Où en sommes-nous de nos comptes ? Serez-vous assez bon pour remettre à ma femme, de ma part, 150 fr. Ma femme vous priera peut-être aussi de payer des valeurs. Que faites-vous en ce moment ? Quelle œuvre exquise et profonde préméditez-vous ? Écrivez-moi. Je vous aime bien.

V[1].


À Lamartine.


Hauteville-House, 23 mai 1863.
Cher Lamartine,

Un grand malheur vous frappe[2] ; j’ai besoin de mettre mon cœur près du vôtre. Je vénérais celle que vous aimiez.

Votre haut esprit voit au delà de l’horizon ; vous apercevez distinctement la vie future. Ce n’est pas à vous qu’il est besoin de dire : espérez. Vous êtes de ceux qui savent.

Elle est toujours votre compagne ; invisible, mais présente. Vous avez perdu la femme, mais non l’âme. Cher ami, vivons dans les morts.


À Madame Victor Hugo[3].


16 juin [1863], mardi 5 h.

Chère amie,, j’ai ton livre[4]. J’ai passé ma journée à le lire, j’ai lu presque tout, je suis ravi, c’est exquis et bon, c’est simple et délicat et vrai

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Madame de Lamartine venait de mourir.
  3. Inédite.
  4. Victor Hugo raconté par un témoin de sa vie.