Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/460

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


importe. Il s’agit de mon fils, et c’est dans mon fils que je me sens atteint. Quant à moi, je ne suis pas offensé, ni offensable.

Je ne serai point du Comité de Shakespeare, mais puisque dans le Comité il y aura Louis Blanc, la France sera admirablement représentée[1].


Au ministre de la République de Colombie.


Hauteville-House, 12 octobre 1863.

J’espère que quelque journal vous aura appris mon absence de Guernesey depuis la fin de juillet et que le retard de ma réponse vous est ainsi déjà expliqué. Je n’ouvre qu’aujourd’hui votre honorable lettre du 17 août[2], étant de retour depuis hier seulement.

Je ne saurais vous dire combien votre communication me touche. J’ai dévoué ma vie au progrès, et le point de départ du progrès sur la terre, c’est l’inviolabilité de la vie humaine. De ce principe découlent la fin de la guerre et l’abolition de l’échafaud.

La fin de la guerre et l’abolition de l’échafaud, c’est la suppression du glaive. Le glaive supprimé, le despotisme s’évanouit. Il n’a plus ni raison d’être, ni moyen d’être.

Vous me remettez, au nom de votre libre République, un exemplaire de votre Constitution. Votre Constitution abolit la peine de mort, et vous

  1. Actes et Paroles. Pendant l’exil. Notes. Édition de l’Imprimerie Nationale.
  2. Voici la traduction de la lettre remise chez Victor Hugo, en son absence :
    Londres, le 17 août 1863.
    « Monsieur,
    La République des États-Unis de Colombie vient de consacrer dans sa constitution le principe éminemment chrétien de l’inviolabilité de la vie humaine, en vertu duquel la peine de mort ne doit jamais être imposée. À vous, Monsieur, qui avez été dans ce siècle le plus fervent apôtre de cette idée, à vous qui par votre puissant génie avez contribué en grande partie à ce que celle-ci pénètre dans les esprits illustres, et à ce qu’elle commence à être formulée dans les lois, à vous qui avez associe votre nom glorieux à cette belle idée nouvelle, à vous, Monsieur, les peuples rachetés doivent un témoignage de gratitude pour une aussi grande conquête.
    Permettez-moi donc, me considérant comme l’interprète des sentiments du peuple colombien, dont j’ai l’honneur de représenter les intérêts en Angleterre, de vous offrir un exemplaire de cette constitution, comme un hommage que ce peuple rend à la puissance de votre esprit, à l’élévation de votre caractère, et à la sainteté de vos idées.
    Je suis, Monsieur, avec le plus profond respect, votre très dévoué et très obéissant serviteur.
    Antonio Maria Padilla,
    Envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
    des États-Unis de Colombie en Angleterre. »
    ( L’original se trouve relié dans le Reliquat de Pendant l’exil. Bibliothèque Nationale.)