Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/535

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raîtra, et disparaît dès aujourd’hui, devant l’avenir évident. L’homme conquerra le pays des souffles comme il a conquis le pays des flots ; l’air s’ouvrira comme l’océan s’est ouvert.

À vous. Ex imo.

Victor Hugo[1].


À Madame Victor Hugo[2].


H.-H., 6 février [1866].

Chère amie, ta lettre excellente dit tout. Oui, il ne faut des morts voir que le bon. Je pense avec cordialité et attendrissement à ton frère[3]. J’écris à sa veuve. Lis ma lettre, ferme-la d’un cachet noir, et envoie-la à Mélanie.

Charge-toi aussi de faire parvenir ce petit mot à Alphonsine qui a écrit sur moi une page émue et charmante.

Voici une traite à ton ordre de 700 francs qui se décomposent ainsi[4] : Je n’ai que le temps de fermer cette lettre. Je pense les larmes aux yeux à ton pauvre frère. Je vous embrasse tous quatre bien étroitement. Serrons-nous les uns contre les autres[5].


À Madame Victor Foucher[6].


H.-H., 6 février [1866].

Votre affliction, ma chère Mélanie, est la nôtre. J’ai eu le cœur profondément atteint par ce coup inattendu. Votre mari était le vieux compagnon de mon enfance et de ma jeunesse. Nos deux destinées se sont longtemps côtoyées, nos deux cœurs se sont longtemps compris. Aujourd’hui, qu’il est une âme, il voit le fond de ma pensée. J’offre ma conscience sereine aux morts comme je l’offre à Dieu. Ils voient le vrai, eux qui habitent la lumière. À cette heure, votre mari et moi nous nous entendons. L’exil sépare, mais la mort rapproche. Je pleure avec vous, ma chère sœur, et j’espère avec vous. La tombe est une porte comme une autre, au delà de laquelle on se revoit. Je vous embrasse avec une sympathie cordiale et profonde.

Votre frère
Victor Hugo[7].
  1. Collection Nadar.
  2. Inédite.
  3. Victor Foucher venait de mourir le 3 février 1866.
  4. Suivent les comptes.
  5. Bibliothèque Nationale.
  6. Inédite.
  7. Communiquée par M. le baron de Villiers.