Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/552

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la fois filiale et fraternelle. De mon côté, sais-tu quelle est, dans mon exemplaire des Travailleurs de la mer, la page que je regarde avec le plus de bonheur et avec le plus de complaisance, ce n’est pas une page du livre, c’est une page de la couverture, le verso du tome II. Je vois là se dresser ton monument, cette grande construction internationale qu’est la traduction de Shakespeare. Je songe, ému, aux jours où tu travaillais si vaillamment près de moi. L’hémorrhagie de ta mère me paraît une bonne chose. C’est aussi l’avis du Dr Corbin à qui j’en ai parlé. Il dit que cela dégage utilement le cerveau. J’ai moi aussi de fréquents saignements de nez, qui me font du bien. Je crois qu’il faut que ta bien-aimée mère mange un peu de viande rouge, et boive un peu de vin pur. Du reste Laussedat est un guide excellent. J’ai reçu, par Meurice, une lettre archi-instante de M. Marc Fournier, me demandant un drame, et acceptant d’avance mes conditions, quelles qu’elles soient. La pièce absolument adaptée au théâtre — et toute prête à jouer, — serait, à cette heure, impossible, vu la censure. J’ajourne donc forcément. Mais, le drame pouvant être représenté tôt ou tard, je crois meilleur d’en réserver la surprise au public, et je ne veux pas le publier. Je le garde donc sous six clefs[1].

Comme tu es le financier de la maison, ma prochaine lettre, mon Victor, te chargera d’une commission importante pour M. Coddron, agent de change. — J’envoie sous ce pli à ta mère une traite sur Mallet frères de 750 fr., payant ta note de 724,15 et laissant un reliquat de 25,85 à ajouter à la somme du compte.

J’ai écrit, par M. Verboeckhoven, à M. Gustave Frédérix pour le remercier de son excellentissime 2e article. Paul a enfin accouché du mot admirable livre. Il a dépassé remarquable, qui avait été son maximum.

À bientôt, mon Victor. Je t’envoie toutes les tendresses de toutes et les cordialités de tous. — À bientôt, mes quatre bien-aimés.

V.

Mme Drouet me charge de t’embrasser bien tendrement. — Je viens de recevoir une lettre enthousiaste de Paul de St Victor[2].

  1. Il s’agit du drame : Mille francs de récompense, publié dans l’Édition de l’Imprimerie Nationale. Théâtre inédit.
  2. Bibliothèque Nationale.