Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/557

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nationale belge et les consolidés anglais. Mais pourquoi réaliser ? Vous savez ma manière. J’attends. Cela remonte en ce moment. Cela retombera encore bien plus bas, si la guerre éclate, et alors, je pourrai bien être un peu ruiné, comme tout le monde. L’Europe est un navire et le naufrage se fait en commun.

Donc calme profond dans mon âme.

Mais je plains ces pauvres bêtes de peuples. Comme ils se laissent faire, et qu’il leur serait facile d’être heureux ! Pouvoir n’est rien sans vouloir ; vouloir n’est rien sans savoir. Éclairons-les.

Cher proscrit, vous avez mis dans votre lettre votre grande intelligence et votre généreux cœur. Merci.

V. H.[1]


À Madame Victor Hugo[2].


H. H. 25 mai [1866] mercredi 4 h.

Ta lettre, chère amie, m’arrive trop tard, vu la tempête, pour que je t’envoie aujourd’hui l’argent d’Adèle. La banque ferme à trois heures. Je comptais te l’envoyer avec l’argent du mois prochain, en recevant ton compte. Mais puisque tu le désires tout de suite, je te l’enverrai par le courrier de lundi matin.

Julie va tout à fait bien, et je lui accorderai du reste toutes les vacances qu’elle désirera près de son mari ou de Clémentine (non à Bruxelles, ne pouvant augmenter mes charges) mais je serai forcé de rester ici le temps de son absence. La banque ne reçoit que des dépôts d’argent, espèces, pouvant entrer dans son coffre-fort, et tu ne te rends pas compte de ce que c’est que mes manuscrits. Sans compter ce qui est dans les armoires, ils remplissent trois malles, dont une énorme, qui ne tiendraient pas dans le coffre-fort de la banque de Guernesey. Voulût-on (ce qui est impossible) les y admettre, on ne pourrait les y mettre. Il faut donc quelqu’un de garde. Ce sera moi, si ce n’est Julie. Elle a écrit à son mari pour qu’il la reçoive à Paris. Je lui ai dit d’y rester tout le temps qui leur plaira, et que je l’attendrais ici. Mais certainement, il faut nous réunir ! Est-ce donc que vous avez abandonné notre plan, l’été a Guernesey, l’hiver à Bruxelles, tous ensemble ? Victor est une préoccupation douloureuse dans ce doux arrangement[3]. Je ne veux pas qu’il souffre. Sans lui, je vous dirais : venez ici passer l’été, laissons s’éloigner

  1. Collection Louis Barthou.
  2. Inédite.
  3. Victor ne pouvait se résigner, depuis la mort d’Émily de Putron, à retourner vivre à Guernesey.