Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/61

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Vois Dumas. Moi, j’ai un grabat, une table, deux chaises. Je travaille toute la journée et je vis avec 1 200 francs par an. Ils me sentent fort, et les propositions me viennent en foule.

Quand nous aurons conclu quelque chose, vous viendrez et nous rétablirons l’aisance de toute la famille. Je veux que vous soyez tous heureux et contents, toi, ma femme, et toi chère fille aussi. Vous tous enfin !

Il me semble que Meurice, Auguste, Charles et Victor pourraient faire, à eux quatre, une Histoire depuis Février 48 jusqu’au 2 Décembre.

Distribuez-vous le travail. Chacun fera sa part ici. Nous travaillerons sur la même table, avec la même écritoire et la même pensée.

Je te remercie de la causeuse, j’en ai besoin, et je vous envoie à tous, Tour-d’Auvergne et Conciergerie, toutes les tendresses du proscrit satisfait.

Je vous répondrai à tous par le prochain courrier. En attendant, écrivez-moi tous de longues lettres. Chère amie, ne manque pas de bien remplir les pages. — À propos, j’ai vu cette immondice qu’il appelle sa Constitution ![1]


À Madame Victor Hugo.


Bruxelles, lundi 19 janvier [1852].

Ceci n’est qu’un mot, et qui te parviendra par la poste. La page ci-jointe t’explique pourquoi je t’écris par Mme Bellet sans attendre d’occasion. Tu me répondras expressément au sujet de cette page une page où tu me diras ce que tu auras fait, et que je brûlerai comme tu brûleras celle-ci.

Dis bien à Auguste que la prochaine occasion lui portera une lettre. J’écrirai aussi à chacun de mes trois chers enfants séparément. Je dois bien cela à toutes leurs charmantes lettres.

Le pauvre Charles sera triste de vous quitter. Cette liberté ici ne vaut pas sa prison, mais j’aurai bien de la joie à le voir. Que ceci le console. Quant à mon Victor, je l’embrasse sur les deux joues — et toi aussi, chère petite fille bien-aimée, ne sois pas jalouse. — Mais c’est que Victor est bien vaillant et bien courageux. Il m’écrit les lettres les plus calmes, les plus fermes et les plus sereines du monde, avec ses sept mois de prison devant lui ! C’est bien, cher enfant. Tu vois que j’allais au devant de ta pensée en signant ma dernière lettre le proscrit satisfait.

On me prodigue ici toutes sortes de respects. Il n’y a pas encore de peuple en Belgique, il n’y a qu’une bourgeoisie. Elle nous haïssait, nous démocrates, avant de nous connaître. Les journaux jésuites, abondants ici,

  1. Bibliothèque Nationale.