Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/87

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J’espère que vous travaillez là-bas. Charles me dit que vous faites un drame. Qui écrira des drames, si ce n’est vous ? Avec quoi salera-t-on si ce n’est avec le sel ? Je suis convaincu qu’actuellement, toutes les conditions qui étaient contre vous sont pour vous, et que vous auriez un immense succès. In carcere musa, disait Catulle. Faites sortir la muse de la Conciergerie.

Vous me parlez d’une dédicace qui a fait un fort mauvais effet. Voici ce que les journaux d’ici en disent :[1]

Ils auraient dû ajouter : Auguste Vacquerie et Paul Meurice sont en prison.

Vous savez finir vos lettres par quatre charmants vers ; moi, je suis englouti sous la prose, et je ne puis que vous envoyer nos meilleures amitiés à Charles et à moi. Mon livre avance. Je l’intitulerai : 'Faits et gestes du 2 décembre. Le titre est insolent, et me plaît. En outre, il me permet mille petits détails familiers. Vous savez que c’est ainsi que j’aime l’histoire.

Ex imo.
V.[2]


À Madame Victor Hugo.


17 mars [1852] Bruxelles.

C’est madame Chambolle qui a la bonne grâce de te porter ce petit mot, chère amie. Ne gronde pas Charles s’il n’y a pas de lettre de lui. Il est sorti en ce moment, et je reçois à la minute l’avis de départ de Mme Chambolle pour Paris. Il n’y a donc pas de sa faute.

Charles ne travaillait pas, et perdait son temps. D’un autre côté il me

  1. Extrait de journal collé sur la lettre :
    « Puisque nous sommes en plein scandale, voici cette dédicace :
    à monsieur le comte de morny.
    Monsieur le Comte,

    Voulez-vous accepter la dédicace de cette pièce, dont le succès vous revient de droit. Elle doit d’avoir vu le jour à votre protection que vous m’aviez offerte au mois d’octobre dernier, et qui ne s’est ni arrêtée, ni ralentie, quand vous avez eu l’occasion et le pouvoir de la montrer. C’est un fait assez rare dans l’histoire des protections pour que je le consigne ici avec toute l’expression de ma reconnaissance.
    Recevez, M. le Comte, l’assurance de ma parfaite considération.

    A. Dumas fils.

    «Heureusement pour l’honneur des lettres françaises, Victor Hugo vit en exil, avec Félix Pyat, Lamennais, George Sand sont suspects et menacés. Pierre Dupont et Lachambaudie ont été désignés pour la transportation à Cayenne, Lamartine a protesté, et Beranger au moins se tait. »

  2. Bibliothèque Nationale.