Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome II.djvu/97

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autant de mon exil, ce sera une bonne heure que celle où nous nous reverrons. J’ai su le beau succès de Paul Meurice[1]. Félicite-le et embrasse-le pour moi.

Je serre la généreuse main d’Auguste[2].


À François-Victor.


Bruxelles, 14 avril [1852].

Mon Victor, avant de t’écrire la longue lettre que la tienne mérite, je veux t’envoyer un bon petit mot. J’ai lu ta lettre à Charles[3]. Je ne puis faire encore tout ce que tu désires, cher enfant, mais dès à présent, j’écris à ta mère pour te donner 25 francs par mois pour ta poche, que je lui rembourserai. Elle te les paiera à partir du 15 avril. Maintenant, sitôt mon livre vendu, je te donnerai 50 francs. D’ici là, et jusqu’à ce que mes débouchés de librairie se soient rouverts, je suis obligé à la prudence. Je crois que tu n’attendras pas longtemps tes 50 francs. Lis la lettre que Charles écrit à ta mère, et tu verras que l’affaire du livre est en assez bon train. Il est possible qu’elle soit terminée avant un mois.

Pauvre enfant, l’idée de ta solitude me serre le cœur. J’approuve le plan et l’idée du travail que tu as entrepris. Tu peux faire de cela une bonne occupation pour toi et un excellent livre pour nous. Va, pioche, sois courageux. C’est ainsi qu’on commence pour être grand. Ne parle pas d’avenir muré ; pour que l’avenir vous fût muré, mes enfants, il faudrait qu’il fut muré au progrès, à la démocratie, à la liberté. Est-ce que c’est possible ? En attendant, vous m’avez. Ne dis pas que tu es en tutelle. Ne vous suis-je pas frère autant que père ? je suis votre aîné dans la vie. Je vous conseille, c’est tout simple. Mais tout ce qui est à moi est à vous, chers enfants.

Tu m’esquisses très bien ton livre ; ce sera à la fois de l’histoire et de la politique, deux choses qui s’éclairent l’une par l’autre. Maintenant, prends-moi ton idée à deux mains, et ne la lâche pas. Tu sais ma devise : perseverando.

Écris-moi aussi ton journal. Tu ne peux te figurer le plaisir que m’ont fait ces quelques pages jour par jour. Il me semblait être de ta vie et refaire nos bons et doux repas de prison. Hélas ! maintenant, notre bonheur sera le dîner de l’exil. Va, sois tranquille, il sera bon.

  1. Benvenuto Cellini.
  2. Bibliothèque Nationale.
  3. François-Victor priait son frère d’obtenir pour lui une mensualité de 50 francs.