Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/145

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Il sera tiré 1 250 in 8°, et le reste in-18.

Je vous fais cette communication, Monsieur, et je certifie la sincérité de cette offre. Je n’en proteste pas moins, ainsi que je l’ai déjà fait à l’occasion de Marion de Lorme, contre la manière dont vous entendez le traité qui nous lie, et duquel je me réserve d’ailleurs de poursuivre la résiliation devant les tribunaux. Jusqu’à ce qu’ils aient prononcé, je crois devoir l’exécuter et je l’exécute.

Je suis étonné du reste que vous m’adressiez à présent des propositions d’arbitrage et d’arrangement amiable après votre plaidoirie du 30 7bre[1]. Je m’abstiens par un sentiment de dignité personnelle, de qualifier cette plaidoirie. Elle est au niveau de tous vos autres procédés dans cette affaire. C’est tout dire. Que me parlez-vous d’arbitres et d’arrangements amiables. Monsieur ? Qu’y a-t-il à arbitrer dans ceci ? Où est, je ne dis pas votre droit, mais l’ombre de votre droit ? Vous avez voulu du scandale, Monsieur Gosselin, et voilà tout. C’est à vos dépens, aux dépens de votre considération et de votre crédit, qu’il y en aura. Je vous attends devant les tribunaux civils, Monsieur. Je vous y désire, je vous y appelle, je vous y réclame. Vous m’appartenez maintenant. Attaquez donc ! Vous avez autorisé par votre conduite des représailles auxquelles je n’eusse jamais songé. Pourquoi donc des arbitres ? Faites-moi ce procès. Je le demande, parce qu’il sera la meilleure occasion de faire annuler le traité que vous m’avez violemment imposé ; ce que votre correspondance, conservée par moi, prouvera. Je le demande, parce que je ne veux pas moins le gagner devant l’opinion que devant les tribunaux. C’est mon tour de publier maintenant. J’ai vos lettres. Vous ne vous faites pas d’idée de ce que c’est que vos lettres. Je rédigerai moi-même le mémoire qui sera joint au procès et il servira en outre de préface à mon prochain roman. On vous y verra tout entier, tel que vous êtes, d’après vos propres lettres dont le fac-similé accompagnera le texte. Ce sera un portrait en pied. On verra tout de vous, votre façon de comprendre la loyauté et la délicatesse en affaires, vos procédés envers les auteurs qui vous font vivre, votre opinion sur les journaux qui vous servent, votre personne, votre esprit, votre style, et jusqu’à votre orthographe. C’est vous-même qui vous peindrez.

Ayez la bonté de me faire savoir dans les vingt-quatre heures, comme il résulte du traité, si vous consentez à égaler les offres ci-dessus certifiées par moi.

Vor Hugo[2].
  1. Procès intenté par Gosselin à Victor Hugo. Le tribunal de commerce se déclara incompétent.
  2. Collection Louis Barthou.