Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/26

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À la veuve de John Brown[1].


Paris, le 21 octobre 1874.
Madame,

Plusieurs années se sont écoulées depuis le jour où votre noble époux consommait le sacrifice d’une vie consacrée à la plus généreuse des causes. Du gibet où il a été attaché est parti ce cri d’universelle indignation qui a été le signal de l’affranchissement définitif d’une race déshéritée. Gloire à lui et à ses dignes fils associés à son œuvre ! Aux bénédictions dont le siècle présent accompagne leur mémoire s’ajouteront celles des siècles futurs. De telles pensées doivent apporter, Madame, un grand allégement à votre deuil ; mais vous avez demandé la meilleure compensation de vos douleurs à cette considération d’un ordre supérieur, qu’au-dessus de la pauvre justice des hommes plane la justice suprême, qui ne laisse aucune bonne action sans sa récompense ni aucun crime sans sa peine. Vous accueillerez aussi, nous l’espérons, avec un sentiment de soulagement, ce témoignage de la sympathie des républicains français : l’expression vous en serait arrivée moins tardivement sans les longues et cruelles épreuves par lesquelles notre malheureux pays vient de passer.

Nous vous prions. Madame, d’agréer l’hommage de notre profond respect.

Au nom de tous leurs collègues, les membres soussignés du Comité de souscription,

Victor Hugo,
Patrice Larroque,                    Capron,
Melvil Bloncourt,                    Eugène Pelletan,
Ch. L. Chassin,                    Étienne Arago,
Laurent-Pichat,                    V. Schœlcher,
Louis Blanc,                    L. Sornet[2].
  1. En 1874, un Comité se forma pour offrir, par souscription, une médaille commémorative à la veuve de John Brown. Cette médaille, en or, était accompagnée d’une adresse collective que Victor Hugo signa.
  2. Cette lettre nous a été aimablement communiquée par M. Olin H. Moore. L’original se trouve dans les archives de the Kansas State Historical Society (États-Unis).