Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/283

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À Messieurs Lacroix et Verboeckhoven, éditeurs[1].


Hauteville-House, 18 octobre 1861.

Messieurs, conformément au désir exprimé par M. Lacroix, sitôt sa lettre du 13 reçue[2], j’ai écrit à M. Hetzel dans le sens souhaité par M. Lacroix. Je regrette vivement que M. Lacroix n’ait pas pu passer par Paris, comme cela avait été convenu entre lui et moi, avant de retourner à Bruxelles. La signature du traité n’étant encore connue de personne, le silence étant absolument gardé de son côté et du mien, M. Lacroix se présentant comme libre encore de tout engagement, eût eu de très grandes facilités pour traiter avec les tiers intéressés dans le contrat Renduel-Gosselin. Son retour à Bruxelles a nécessairement ébruité l’affaire, et je crains qu’aujourd’hui, pour la transaction qu’il désire avec lesdits tiers, il ne rencontre en difficultés toutes les facilités qu’il aurait eues en passant d’abord par Paris et avant que la vente des Misérables fût connue. Ces tiers maintenant le croiront forcé de traiter avec eux, et je crains qu’ils ne lui tiennent la dragée haute. Il est regrettable peut-être que M. Lacroix ait été dans l’impossibilité de faire cette opération du traité Gosselin-Renduel dans les conditions où nous l’avions d’abord esquissée lui et moi. Garder le silence, aller immédiatement à Paris, voir ces tiers, enlever l’affaire, c’était simple. J’ai peur que cela ne se complique aujourd’hui. — Dans tous les cas, j’ai écrit comme vous le désiriez, à M, Hetzel, et je suis convaincu que, si son concours peut être utile, il vous le donnera très cordialement et tout entier.

Dans la hâte où était M. Lacroix de partir, nous avons oublié d’indiquer dans le traité que toute difficulté entre nous, s’il en survenait, serait réglée par arbitres. C’est une omission que je suis prêt à réparer quand vous le voudrez.

Il va sans dire que, si vous croyez que je puis être utile par mon intervention officieuse dans la transaction parisienne, je me mets tout à fait à votre disposition.

Croyez, Messieurs, à mes sentiments les plus affectueux et les plus distingués.

Victor Hugo.

Veuillez, je vous prie, me tenir au courant, dans l’intérêt de l’affaire, de tout ce qui se passera à Paris[3].

  1. Inédite.
  2. Lacroix craignait que Hetzel, désolé de voir la publication des Misérables lui échapper, suscitât des difficultés aux nouveaux éditeurs.
  3. Correspondance relative aux Misérables. — Bibliothèque Nationale.