Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., Correspondance, tome IV.djvu/380

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gratifié, ils me le reprennent. C’est juste. L’avantage que j’y vois, c’est qu’on va me demander moins d’argent. Depuis les Misérables, je reçois des demandes de secours qui montent, bon an mal an, à quatre ou cinq cent mille francs. Dernièrement un monsieur du midi, notaire je crois, m’a demandé d’un seul morceau cent mille francs. Un journaliste catholique autrichien français, ayant à se plaindre des évêques, m’a demandé dix mille florins. D’or ? Je ne crois pas. Une bonne femme belge, plus modeste, m’a prié de lui acheter un remplaçant pour son fils. (Sur mon silence, elle m’a écrit des injures.) Tout cela dans la même semaine. Cet hiver j’ai trouvé qu’il y avait du bon à passer pour aveugle. Ce printemps, je trouve qu’il y a du bon à passer pour ruiné. Or, je ne suis pas plus en faillite qu’en cécité. Vous, ma famille, vous connaissez mes affaires comme moi-même. Je risque le moins que je peux, pensant toujours à vous. Je ne place rien sur les terrains mouvants. Tout ce que j’ai (à part les deux maisons de Guernesey, l’une en nue-propriété) est sur la banque nationale belge et sur les consolidés anglais. Ce sont les fonds les plus solides de l’Europe. Quant aux écroulements que produisent les guerres, ils sont pour tout le monde. Mais avouons que tout le monde est bien bête de se laisser ruiner et saigner par quatre ou cinq fantoches qu’un souffle du peuple emporterait. — Je n’ai plus de place que pour vous embrasser étroitement, mes aimés.

Je rumine Coddron. Je suis de ton avis. Seulement M. Van Humbekke est-il, 1°, agent de change ? 2°, en dehors de toute spéculation et de toute banque ? (Je craindrais un peu, entre nous, la banque C.)[1]


À Auguste Vacquerie[2].


Hauteville-House, dimanche [mai 1866].

Qu’il y a longtemps, cher Auguste, que je n’ai causé avec vous ! Je voudrais achever diverses choses avant de prendre mes vacances annuelles. De là mon silence. Mais vous savez que dans ce silence il n’y a rien d’ingrat. Je vous ai donné tant de peines qu’il faut bien aussi que je vous laisse reposer, et vous devez un peu avoir peur de mes lettres. Celle-ci encore vous demande deux petits services. Faire mettre à la poste les lettres ci-incluses. Voudrez-vous ajouter l’adresse de M. Amédée Blondeau que j’ignore.

J’espère bien cet été vous voir à Bruxelles. Votre vue est pour moi un

  1. Bibliothèque Nationale.
  2. Inédite.