Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/164

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taisie ; vous êtes libre dans une nature libre ; ce pré est plein de rosée et de boutons d’or, regardez-le ; cette fleur est belle, cueillez-la ; toute chose s’offre avec douceur, et de tous les buissons et de tous les arbres voisins l’essaim bourdonnant des pensées vient joyeusement s’abattre sur vous. Mais je vous suppose, mon poëte, à Valenciennes, ou à Lille, ou à Doullens, vous sortez de la ville, quelques belles têtes vertes de marronniers sur des remparts rouges vous tentent, vous montez à la citadelle, vous arrivez à une pointe de brique et de gazon, c’est la flèche. — Halte-là ! Qui vive ? On n’entre pas ? Avez-vous une permission ? Allez trouver le commandant. Et le soldat croise la bayonnette. Fort bien ! l’inspiration s’est envolée. Au diable la colline virago qui vous reçoit en grommelant et la hallebarde au poing ! Foin de ces choses sévères et revêches et si bien défendues, et vive la nature, cette beauté bonne, riante, gracieuse, nonchalante, bienveillante et facile !