Page:Hugo - Œuvres complètes, Impr. nat., En voyage, tome II.djvu/374

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autres ; — je les vois par les embrasures qui me regardent d’un air singulier. — Est-ce un air inquiet ? est-ce un air menaçant ? je ne sais ; peut-être les deux. Je suis sans autre arme que ma canne. Le chien s’est réveillé aussi et gronde.

Un merveilleux tapis de gazon vert, épais comme une fourrure, semé d’un million de pâquerettes ou de camomilles en fleur, emplit toute la ruine jusque dans les derniers recoins. Je vais monter sur la terrasse.

M’y voici. Je suis assis en haut du mur de briques sèches. Derrière moi la mer, devant moi un cirque de montagnes. À ma gauche, j’aperçois au loin sur une croupe qui touche aux nuages le fort démoli que j’ai visité hier ; à ma droite plus loin encore, le fort Wellington et l’ancienne tour du phare au delà de Saint-Sébastien. Dans un enfoncement, la vallée de Loyola ; dans un autre enfoncement, la vallée de Ernani.

Un des pâtres vient de s’approcher encore de moi ; je l’ai regardé fixement ; il s’est enfui en criant : — Ahuatlacouata ! ahuatlacouata !

Je vais redescendre.


En redescendant.

Spectacle le plus étrange du monde. Un petit triangle d’eau dans un énorme cercle de montagnes ; dans cette eau quelques pucerons. Cette eau, c’est la baie ; ces pucerons, ce sont les navires.

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